50 nuances de Grey, un roman très cul-cul

Le livre-phénomène aux USA arrive ce mercredi : 50 nuances de Grey , ou 50 déclinaisons de la mièvrerie.

50 nuances de Grey, un roman très cul-cul
©D.R.
Isabelle Monnart

Un phénomène. Du coup, comment résister à la curiosité ? C’est que l’idée d’Erika Leonard James, soixante ans l’an prochain, n’est pas si sotte, même si plus on y réfléchit, plus on se dit qu’elle n’est décidément pas en phase avec son époque. Et pourtant : l’auteure a écoulé, à ce jour, plus de 40 millions de copies aux États-Unis et en Grande-Bretagne. De quoi faire réfléchir sur ce qui marche en librairies…

Car, au fond, qu’est-ce que ça raconte, 50 nuances de Grey (titre grotesque en français, bêtement traduit de 50 shades of Grey , jouant sur le patronyme du héros) ? Rien d’autre qu’une histoire d’amour pas vraiment comme les autres, où la jeune donzelle – vierge, évidemment, et pas bien riche, évidemment – se fait rudoyer par un milliardaire qui en a vu et en fait voir d’autres. Mélange de Largo Winch et de marquis de Sade, Christian Grey est un adepte des pratiques sexuelles extrêmes. Un petit jeu auquel il va initier la jeune Anastasia Steele, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

Voilà d’ailleurs un des premiers paradoxes de ce livre qui n’en manque pas : en l’espace de cinquante pages, on sait que la prude Ana va se laisser embobiner par ce démon de Grey. Elle qui n’a jamais connu un homme va dire oui à tout, jusqu’au vertige. Soit. Admettons qu’il s’agisse là d’un postulat de départ…

Mais, hélas ! pour E.L. James, l’affaire ne décolle jamais bien haut… Contrairement à son héros qui se paie des érections insensées, rien dans ses pages ne pointe franchement vers les sommets de la jouissance en matière de lecture. Que du contraire : répétitions à n’en pas finir (et pourtant, en la matière, le vocabulaire est vaste, dans toutes les langues), tournures de phrases d’une platitude consternante, lieux communs dix fois par chapitre (on a adoré le passage où l’héroïne mange des huîtres pour la première fois et on a bien ri à celui où elle se crée une adresse e-mail : c’est vrai, elle est universitaire et on n’est jamais qu’en 2012 !). Bref, 50 nuances de gris est d’un ennui mortel…

Toute notre amitié va, d’ailleurs, aux maris de ces femmes qui ont avoué, après avoir lu le premier tome de 50 nuances… qu’elles avaient eu des orgasmes en même temps qu’Anastasia. Ben ça alors…

E.L. James, 50 nuances de Grey , J.C. Lattès