Mains basses sur le polar

Pays du roman noir, les Etats-Unis demeurent les grands pourvoyeurs des personnages de casseur en tout genre. Maître en la matière, l’antihéros Parker, créé par le romancier Richard Stark, revient dans un troisième tome adapté de son trait délicieusement rétro et efficace à la fois par Darwyn Cooke.

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© Dargaud
Alain Lorfèvre

Pays du roman noir, les Etats-Unis demeurent les grands pourvoyeurs des personnages de casseur en tout genre. Maître en la matière, l’antihéros Parker, créé par le romancier Richard Stark, revient dans un troisième tome adapté de son trait délicieusement rétro et efficace à la fois par Darwyn Cooke. "Le casse" conte "un coup de science-fiction" qu’un certain Edgars propose au très professionnel Parker : braquer en une nuit Cooper Canyon, une petite ville minière nichée dans un canyon. Avec ses deux banques, ses trois bijouteries et la paie des mineurs, le butin potentiel est, au bas mot, d’un quart de million - au taux de 1964. Parker le solitaire se retrouve sur le coup avec neuf autres associés. Une véritable opération commando, digne d’un James Bond, où tout ne se passera évidemment pas comme prévu. Comme dans les précédents "Le Chasseur" et "L’Organisation", le récit est rondement mené, avec une narration limpide et efficace. De quoi ravir ceux qui sont devenus des fans de Parker.

Nouveau venu, par contre, est Conrad Paulson, "Le maître voleur". Lui aussi nous arrive d’outre-Atlantique. Il est la nouvelle création de Robert Kirkman, le scénariste de la série best-seller "Walking Dead". Exit, ici, les morts vivants. Kirkman investit le milieu des braqueurs de haut vol. Conrad, alias Redmond, est le roi de sa confrérie. Rien ne lui est inaccessible. Avec Célia, la complice qu’il a initiée, il forme une équipe imparable. Mais Conrad veut raccrocher. Parce qu’il veut se rabibocher avec son ex-épouse, et avec son fils, trop longtemps négligé. Mais comment un voleur fait-il pour arrêter ? Surtout quand son fiston se fait serrer par le FBI, lequel serait prêt à négocier avec le retraité quelque information Conrad/Redmon se retrouve alors pris entre deux feux : comment jouer la balance sans trahir ?

Kirkman et son coscénariste Nick Spencer mènent rondement ce récit, digne de "Ocean’s Eleven" ou des "Arnaqueurs". Si le retournement final est prévisible, tout l’art du suspense est dans le "comment". Malgré un dessin peu original dans le tout venant de la bande dessinée mainstream américaine, et un rien rigide par instant, Shawn Martinbrough fait montre d’efficacité et de lisibilité - déjà deux qualités non négligeables - pour livrer au final un excellent petit thriller noir qui fait son office : captivant et distrayant, à défaut d’être radicalement décoiffant.

Parker - Le Casse (t.3) Darwyn Cooke d’après Richard Stark Dargaud 138 pp., env. 19,99 €

Le Maître Voleur - J’arrête (t.1) Martinbrough, Kirkman et Spencer Delcourt 162 pp., env. 15,50 €