“Le prix à payer”: A l’épreuve du cynisme

Jeune prodige américain, Nick McDonell est doublement de retour. D’Harvard à la Somalie, “Le prix à payer” est une fiction mêlant amour, trahison et violence. “Mission accomplie” est tiré d’un voyage en Irak.

Geneviève Simon

Son coup d’essai fut un coup de maître. En 2003, Nick McDonell publiait, à l’âge de dix-sept ans, "Douze", une première œuvre qui enchanta la critique et se vit adaptée au cinéma par Joel Schumacher. Dix ans et deux romans plus tard, ayant de surcroît pas mal bourlingué et s’étant essayé avec succès au journalisme (pour "Harper’s Magazine" ou "Time") après des études à Harvard, le revoici avec une actualité double : "Le prix à payer" et "Mission accomplie", un thriller passionnant et un essai percutant.

Basé en Somalie, Michael Teak, un surdoué fraîchement diplômé de Harvard, travaille officiellement pour le Fonds de protection de la nature en Afrique de l’Est. Il est en réalité l’un des six agents américains infiltrés sous couverture dans la région. Teak doit venir en aide à Hatashil, jeune rebelle charismatique à l’origine d’un mouvement d’indépendance. Mais lors de cette mission qui doit lui offrir ses premiers galons, Teak va découvrir le cynisme du pouvoir américain qui, selon ses intérêts mouvants, instrumentalise et manipule jusque ses plus fidèles. Il ne sera pas la seule victime des basses manœuvres orchestrées autour de ce révolutionnaire. Susan Lowell, professeur à Harvard, pourrait se voir retirer le prix Pulitzer qui vient de lui être attribué pour un ouvrage sur le même Hatashil. Quant à l’ambitieuse Jane, qui est toujours étudiante, elle cherche à établir la vérité pour le compte d’une revue universitaire, sous le regard perplexe et idéaliste de David, son petit ami originaire lui aussi d’Afrique de l’Est. Critique sans fard de l’élitisme tel qu’il est cultivé à Harvard, de l’arrogance de ceux qui en sont issus, d’une nation prête à tout pour servir sa cause, "Le Prix à payer" est un subtil et efficace cocktail d’action, de réflexion et d’histoire d’amour. L’une de ses plus fortes remises en question concerne la provenance des informations amenées à définir les politiques d’action des Etats-Unis.

Soucieux de toucher la réalité d’une guerre menée au nom des Américains, Nick McDonell est parti, du 26 février au 12 mars 2009, comme journaliste "embedded" à Mossoul. Il en a tiré "Mission accomplie", collection de portraits et d’anecdotes rapportés du terrain d’un conflit qui, alors, durait depuis sept ans déjà, avait tué quatre mille soldats et coûté cinquante milliards de dollars. Ces croquis vifs interpellent en donnant à voir la guerre sous un angle résolument humain, individualisé. Du soldat qui tue sans autre état d’âme que la satisfaction du travail accompli à l’Irakien qui, bien qu’ayant sauvé une vie américaine, se voit refuser un passeport quand certains soldats emmènent avec eux les chiens devenus leurs compagnons. Immergé au cœur de la bataille, le journaliste n’a eu qu’à tendre l’oreille. "Tout le monde avait des histoires à raconter, et elles étaient horribles." En résulte un exercice d’équilibriste entre devoir de vérité et, malgré tout, respect de la hiérarchie. "Les détails qu’on omet sont ceux auxquels on pense le plus."

Le prix à payer Nick McDonell traduit de l’anglais (États-Unis) par Jérôme Lambert Flammarion 346 pp., env. 21 €

Mission accomplie Nick McDonell traduit de l’anglais (États-Unis) par Samuel Sfez Flammarion 171 pp., env. 15 €