Entretien avec Jean Teulé

Après un cocu ("Le Montespan"), un jeune périgourdin dévoré par ses pairs ("Mangez-le si vous voulez") ou encore un roi ("Charly 9"), Jean Teulé réhabilite un autre personnage tombé aux oubliettes de l’Histoire : Hélène Jégado.

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Entretien avec Jean Teulé
©Reporters / Bpresse

Après un cocu ("Le Montespan"), un jeune périgourdin dévoré par ses pairs ("Mangez-le si vous voulez") ou encore un roi ("Charly 9"), Jean Teulé réhabilite un autre personnage tombé aux oubliettes de l’Histoire : Hélène Jégado. Cette tueuse en série, sans doute la pire de l’Histoire de France, est née au début du XIXe siècle, dans une Bretagne pétrie de superstitions. Traumatisée par ses parents eux-mêmes terrorisés par l’Ankou, l’ouvrier de la mort, dans cette région où des êtres maléfiques dansent autour des pierres levées, elle décide d’endosser ce rôle. "Elle devient l’angoisse pour ne plus avoir peur", explique l’auteur du "Magasin des suicides". Avec "Fleur de tonnerre", Jean Teulé signe un roman divertissant qui fait pourtant froid dans le dos.

Comment avez-vous déniché cette tueuse en série oubliée ?

J’étais à Rennes et un ami m’a proposé un gâteau d’Hélène Jégado, sans arsenic bien sûr, et il m’a parlé d’elle. J’ai commencé à me renseigner à son sujet et j’ai eu de la chance car son procès est le premier de droit commun où tout ce qui a été dit a été noté. Il y a aussi eu des livres. Si son nom est tombé aux oubliettes, c’est parce que son procès a eu lieu trois jours après le coup d’Etat de Napoléon III, en 1851.

Elle était phénoménale dans le sens où elle empoisonnait hommes, femmes, enfants, vieillards, sans distinction.

C’est tout à fait étonnant. Jack l’Éventreur tuait les prostituées, Landru n’aimait pas les femmes, Hélène Jégado, c’était une tueuse multicarte. Même les gens qu’elle aimait bien, elle les empoisonnait. Ses amants, Fleur de tonnerre les a tous tués pendant l’amour.

Était-elle folle ?

Complètement folle ! Elle a fait preuve d’une immense irresponsabilité. Quelqu’un de raisonnable n’aurait jamais fait ça. Bizarrement, je ne la déteste pas, j’aurais même aimé la connaître, sans aller jusqu’à dîner avec elle ! Marina Foïs, qui voudrait jouer ce personnage, dit que c’est simplement l’histoire d’une fille qui a peur.

Bien sûr, c’est une histoire dramatique mais votre écriture est si truculente que l’histoire en devient drôle parfois.

Moi, j’aime qu’on rigole. Qu’on s’émeuve aussi. Elle a quand même épargné l’homme qu’elle aimait, même si elle avait éliminé sa femme d’abord. Au tribunal, c’est le seul qui a été gentil. Comme quoi, tout le monde peut vivre de grandes histoires d’amour !

Fleur de tonnerre Jean Teulé Julliard 8288 pp., env. 20 €