La belle ouvrage de Zadie Smith

Traitant de thématiques divers, des essais ponctuels de l’auteur de “Sourires de loup” se voient réunis en recueil. Elle y assure “changer d’avis”, mais c’est plutôt sous les traits d’une conscience alerte qu’elle s’offre à nous.

La belle ouvrage de Zadie Smith
©Associated Press / Reporters
Geneviève Simon

Sourires de loup", "L’homme à l’autographe" et "De la beauté" ont fait de Zadie Smith une romancière reconnue. Mais l’écrivaine, anglaise par son père, jamaïcaine par sa mère, a aussi publié des essais ponctuels désormais rassemblés sous l’appellation "Changer d’avis" ("Changing my mind") qui dénote une certaine modestie. Dans ces articles aux sujets variés préparus dans les plus prestigieuses publications anglaises et américaines ("The Guardian", "The Observer", "The New York Review of Books", "The New York Times" ou "The New Yorker"), Zadie Smith y fait pourtant montre d’une intelligence piquante et d’une érudition réelle même si celle-ci s’exprime autrement que par forfanterie. Sa plume alerte et souvent empathique fait de ces textes de riches partages, que le sujet traité soit personnel ou non.

"Lorsque vous publiez jeune, votre écriture grandit avec vous - et devant témoins. Changer d’avis m’a semblé un titre approprié pour décrire ce processus et avouer qu’au fil des ans l’opinion que l’on croit sienne évolue." C’est pourtant moins la transformation de l’avis d’une jeune femme résolument ancrée dans son époque qu’une conscience à l’affût que donne à lire ce recueil. Qui s’ouvre sur les auteurs qu’elle chérit (Zora Neale Hurston, E.M. Forster, George Eliot, Barthes, Nabokov, Kafka) pour se refermer par un vif hommage à l’écrivain américain David Foster Wallace, qui s’est suicidé en 2008 à l’âge de 46 ans, et à son œuvre foisonnante. Entre "Lire" et "Se souvenir", il y aura eu "Etre" et "Voir". Où elle témoigne de son expérience d’écrivain ("C’est une telle escroquerie, d’écrire un roman. Et c’est vous, la personne qu’il faut en tout premier lieu rouler dans la farine. C’est difficile à faire seul. Je m’entoure de phrases et de citations, l’équivalent littéraire d’une équipe de pom-pom girls. Sauf que cette analogie ne fonctionne pas; puisque les pom-pom girls exhortent et encouragent"), retrace une semaine passée au Liberia, décrit la négritude et la condition de métis à travers la voix de Barack Obama. La passion de Z.S. pour le cinéma n’est pas en reste, de son admiration pour Katharine Hepburn ("le genre de femme qu’elle était, est toujours le genre de femme que j’aimerais être") et Greta Garbo ("Le temps a fait de Greta un être humain; et l’humanité de Garbo n’a jamais été à vendre. Elle serait un mythe sinon rien") à des chroniques échelonnées sur l’année 2006 et à une participation aux Oscars. Très touchants sont enfin les textes nés dans l’intimité des Smith, leurs Noël immuables ou la discrétion d’un père vis-à-vis de sa participation au D-Day. Quelle que soit l’idée développée, l’authenticité de Zadie Smith n’est jamais feinte.

Changer d’avis Zadie Smith traduit de l’anglais par Philippe Aronson Gallimard 430 pp., env. 24,90 €