"L’univers de Simenon permet tous les rêves"

La nouvelle vient d’être annoncée officiellement : John, le fils de Georges Simenon, a fait don à la Fondation Roi Baudouin de toutes les archives de son père. Nous avons eu l’occasion de rencontrer John Simenon aux Sables d’Olonne. Entretien

Entretien : Lily Portugaels, aux Sables d’Olonne
"L’univers de Simenon permet tous les rêves"

La nouvelle vient d’être annoncée officiellement : John, le fils de Georges Simenon, a fait don à la Fondation Roi Baudouin de toutes les archives de son père. Il s’agit de manuscrits et tapuscrits, de correspondances, livres, photographies, journaux, documents relatifs aux éditions, films, etc. La donation comprend aussi du mobilier et des objets auxquels l’écrivain était très attaché comme sa pipe préférée et une règle en or. Nous avons eu l’occasion de rencontrer John Simenon aux Sables d’Olonne, en Vendée, où, comme chaque année, il assistait au Festival Georges Simenon.
John Simenon, les Liégeois sont particulièrement heureux de votre décision qui permet de regrouper toutes les archives Simenon en Belgique. Mais pourquoi avoir choisi la Fondation Roi Baudouin alors qu’il existe à l’Université de Liège le Centre d’études Georges Simenon auquel votre père avait donné une grande partie de ses archives ? 
Le Fonds Simenon Patrimoine créé au sein de la Fondation Roi Baudouin a pour vocation de travailler en étroite collaboration avec le Fonds Simenon de l’Université de Liège dans le cadre du futur Centre muséal Simenon de la ville, et je compte bien promouvoir une gestion coordonnée entre les deux fonds. Le choix de la Fondation Roi Baudouin permet à Simenon Patrimoine d’avoir un champ d’action plus large que celui du Fonds universitaire, de bénéficier d’une plus grande flexibilité dans sa gestion, et d’accueillir plus facilement les donations, tant en nature qu’en numéraires, favorisant ainsi l’acquisition de nouvelles pièces ou collections, tout en offrant les mêmes garanties au point de vue sécurité et pérennité. Mais j’insiste sur l’étroite collaboration entre les deux fonds. C’est dans cette optique que j’ai demandé à Benoît Denis, directeur du Centre d’études Simenon et membre du comité scientifique du futur Centre muséal, de faire partie à titre personnel du comité de gestion de Simenon Patrimoine. 
À ce sujet, où en est-on dans l’évolution du projet de musée Simenon ? 
Comme je l’ai déjà dit, cette donation est aussi un coup de pouce et surtout la preuve de ma détermination à créer un espace muséal Simenon à Liège. Après tout, cette donation, c’est mon héritage et celui de mon fils. Quant au projet lui-même, il avance, et de nouvelles décisions importantes seront prises cet été. 
Quand vous dites Centre muséal, c’est donc plus qu’un musée ? 
Très certainement. Il s’agit de dépasser le concept statique et un peu poussiéreux des musées traditionnels, et de proposer une expérience interactive inédite, dont la vocation sera aussi d’être le point d’accroche d’un grand nombre d’activités touristiques et culturelles nouvelles pour l’ensemble de la ville de Liège et de sa région. Nous étudions par exemple un nouveau parcours Simenon interactif de la ville en association avec Lonely Planet (édité en français par l’éditeur de Simenon), la possibilité de faire de Liège un "Booktown" (une ville d’écrivains), avec des conférences fluviales, un jumelage avec les "Causeries du Palais" (rendez-vous annuel du monde judiciaire et médiatique au Festival Simenon des Sables d’Olonne), la création d’un prix littéraire… L’univers Simenon est d’une richesse inouïe, et il ne sera pas difficile de faire appel à tous ses thèmes (l’écriture, l’eau, les voyages, la gastronomie…) pour nourrir des projets sérieux qui ne manquent pas. Et quelle que soit la localisation du centre, il faut que la ville soit gagnante. 
À propos de cette localisation, quel est votre critère de sélection ? Plusieurs hypothèses sont émises et on évoque souvent Outremeuse. 
Je sais. Mon critère principal est avant tout de permettre aux projets que je viens d’évoquer de s’épanouir dans les meilleures conditions avec un maximum de retombées positives pour la ville dans son ensemble, ses habitants et sa région. Même si je suis tout aussi attaché à Outremeuse que l’était mon père, c’est sans conteste la Boverie qui, de tous les emplacements étudiés, répond le mieux à nos critères. Compte tenu des plans urbanistiques de la ville, son emplacement est en effet devenu stratégique et il ne faut pas oublier son ouverture sur la Meuse, absolument indissociable de l’œuvre de mon père. Cet emplacement ne diminuera en rien les retombées possibles pour Outremeuse, bien au contraire. Je n’oublie pas, par exemple, que mon père a hanté ses rues et, enfant, ses églises, et qu’il en est une dont le nom est mondialement connu, imprimé sur des millions de couvertures dans toutes les langues. Nous étudions donc par exemple comment mieux permettre au Pendu de Saint-Pholien de contribuer à la promotion du quartier, tout en respectant, bien entendu, le droit moral de mon père dont je reste garant. La richesse, la force et la renommée de l’univers de Simenon sont telles qu’elles permettent tous les rêves !