Le retour du King et de "Shining"

Je ne comprends pas votre intérêt. Je ne suis qu’un écrivain lessivé !" Eclat de rire général dans la salle. Stephen King était pour la première fois à Paris. Il y a présenté "Docteur Sleep", la suite de son roman le plus célèbre.

Alain Lorfèvre Envoyé spécial à Paris
Le retour du King et de "Shining"
©AFP

Je ne comprends pas votre intérêt. Je ne suis qu’un écrivain lessivé !" Eclat de rire général dans la salle. De mémoire de journaliste hexagonale, le "European American Press Club", à Paris, n’avait plus connu pareille affluence depuis la visite de Colin Powell. Celui pour lequel se pressent quelque 250 journalistes, attaché(e)s de presse, représentants de Tout-Paris de l’édition et, même, son émule, le romancier Maxime Chattam, n’est autre que Stephen King. Il a débarqué par avion de son Maine natal quelques heures plus tôt. Mais, non, il n’a pas l’air lessivé. Sourire doux, cheveux mi-longs quasi argentés, pull-over gris : l’auteur de "Carrie", du "Fléau" ou de "La Tour sombre", entre autres best-sellers, tient la forme.
King et la promotion

L’événement est exceptionnel. D’abord parce que Stephen King n’a jamais effectué de visite promotionnelle en Europe. Ensuite parce que, aussi incroyable que cela paraisse, il n’a jamais mis les pieds à Paris. "Je me sens obligé d’aller au Louvre. Mais je vais mettre un peu de rouge à lèvres et me rendre sur la tombe d’Oscar Wilde. Et aussi, je ne vais pas vous surprendre, sur celle de Jim Morrison", assure l’écrivain, connu pour son amour du rock en général, et du heavy metal en particulier : il cite AC/DC, Metallica, Jethro Tull ou Anthrax parmi ses groupes favoris. Cette "petite" conférence de presse sur stricte invitation est destinée à promouvoir son nouveau roman. "Docteur Sleep" en a-t-il vraiment besoin ? Associez les mots "Stephen King" et "suite de ‘Shining’", vous êtes sûr d’avoir toute l’attention des fans de l’homme aux 350 millions d’exemplaires vendus.

King et l’alcoolisme

"Ne me demandez pas où je puise mes idées", avertit Stephen King, encore farceur : "Je n’en sais rien !" D’accord, mais pourquoi une suite à "Shining" ? "C’est très rare que j’aie envie de revenir à des personnages. En règle générale, lorsque je termine un roman, j’en ai fini avec ses protagonistes. Pas parce que je ne les aime plus, mais parce que je ne sais tout simplement pas ce qui leur arrivera ensuite." C’est pourtant la figure de Danny Torrance, le jeune héros doté du "shining" (la faculté de voir les esprits et de pressentir des événements dramatiques) qui a obsédé le romancier.

Lorsque Stephen King a écrit "Shining", en 1977, le père de Danny, Jack (interprété par Jack Nicholson au cinéma), était une projection inconsciente de l’écrivain. "A cette époque, j’étais un grand buveur. Je connaissais le sujet." Dans "Docteur Sleep", Dan entame, lui, un sevrage en fréquentant les Alcooliques anonymes. King assume le parallélisme mais le nuance : "Mon but n’était pas d’écrire un traité sur la désintoxication. Mais comme l’addiction se répète souvent au sein d’une famille, je me suis demandé si Dan la gérerait mieux que son père". Au contraire de ses autres créations, Danny ne l’a jamais vraiment quitté. "J’étais curieux de savoir ce qu’il était devenu. Mon imagination a fait le reste."

King et la peur

Le défi pour l’auteur, en s’attaquant à cette suite, était l’attente du public. "Beaucoup considèrent ‘Shining’ comme le livre le plus terrifiant qu’ils aient lu. Mais à 50 ans, on n’est plus aussi facilement impressionnable qu’à 15. Et on ne cherche plus à avoir peur alors que, adolescent, on se sent invincible et on recherche le frisson." Pour Stephen King, l’astuce - dans laquelle il excelle - est de créer une empathie avec les personnages : "Si vous les aimez, vous avez peur pour eux. C’est gagné". Et Stephen King de citer en modèle une série télévisée… française ! "Grâce à mon éditeur Albin Michel, j’ai découvert ‘Les Revenants’ (il prononce le titre en français, avec un délicieux accent traînant). Vous connaissez ? Ce qui est formidable, c’est qu’on nous fait partager l’émotion de ces gens qui ont perdu leurs enfants et qui les voient soudain revenir. C’est génial !"

King et la mort

Dans "Docteur Sleep", Dan met aussi son don au service des résidents d’une séniorie, en les aidant à affronter paisiblement la mort. "La mort est universelle. Nous y sommes tous confrontés. Mais elle demeure un mystère. Et les mystères m’intéressent." Quelle serait pour lui la manière la plus horrible de mourir ? Il réfléchit un peu. "Il y a quelques années, aux Etats-Unis, un présentateur de télévision est mort en direct. Je suppose que mourir ici, devant vous, d’une crise cardiaque, serait terrible." Rires dans la salle. "Mais si VOUS, vous mourriez, ça me ferait une histoire !"