Des destinées inachevées

Naguère figure oubliée des lettres américaines, Richard Yates (1926-1992) bénéficie d’un regain d’intérêt mérité depuis que le cinéaste Sam Mendes a adapté "La Fenêtre panoramique" ("Revolutionary Road", 1961) pour en tirer "Les Noces rebelles". "Un destin d'exception" paraît aujourd'hui chez Laffont.

BATTLEGROUND, Van Johnson, John Hodiak, 1949 Copyright: Reporters / Everett
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Simon Geneviève

Naguère figure oubliée des lettres américaines, Richard Yates (1926-1992) bénéficie d’un regain d’intérêt mérité depuis que le cinéaste Sam Mendes a adapté "La Fenêtre panoramique" ("Revolutionary Road", 1961) pour en tirer "Les Noces rebelles". 

Les éditions Robert Laffont poursuivent depuis la traduction en français de son œuvre. Après avoir exploré la violence au sein d’un couple marié (dans "La Fenêtre panoramique"), puis celle qui peut naître de la rivalité entre deux sœurs (dans "Easter Parade"), Richard Yates dépeint dans "Un destin d’exception" la confrontation entre une mère et son fils. Publié aux États-Unis en 1969, ce roman largement autobiographique met en scène Alice et Robert Prentice. 

Ce dernier n’a que dix-huit ans lorsqu’il s’engage sous les drapeaux. Bientôt, il rejoint l’Europe, nos Ardennes plus précisément - la photo ci-dessus est tirée du film "Bastogne" (1949) de William A. Wellman, avec Van Johnson et John Hodiak. Nous sommes en 1944. Au sein de son escouade, Bobby doit se battre pour rester en vie, mais aussi pour ne pas être considéré comme un lâche, un maladroit, voire un incompétent. Il se rêve en héros, mais n’attire l’attention que pour ses manquements. Et découvre qu’on peut à la fois échapper à la mort et être méprisé par ses compagnons.

De toute évidence, la vie avec Alice a mal préparé Bobby. Divorcée, cette femme fantasque et dépensière a toujours nourri de grandes ambitions. Mais chacun de ses espoirs (notamment de devenir une sculptrice de renom) sera balayé par une décision erronée ou un revers. Mère et fils sont des êtres isolés à l’extrême. Immense est leur besoin de reconnaissance, de chaleur, d’amitié. 

Mais à chaque pas effectué dans la bonne direction vient s’opposer une humiliation qui les renvoie un peu plus à leur réalité. L’optimisme forcené d’Alice et sa certitude qu’un destin d’exception les attendait, elle et Bobby, se révéleront mensongers. Rien ne leur offrira d’être uniques, importants, immortels. Son écriture racée et son éclatante noirceur font de Richard Yates l’un des meilleurs écrivains américains à souligner combien l’existence peut être obstinée dans sa cruauté.



Un destin d’exception Richard Yates traduit de l’anglais (États-Unis) par Aline Azoulay-Pacvon Robert Laffont 322 pp., env. 22 €

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