La Bible, enfin en français

Fruit de 18 ans de travaux coordonnés par un moine belge, la première Bible liturgique officielle en français a vu le jour.

La Bible, enfin en français
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Christian Laporte

C’est sans conteste un temps fort religieux mais aussi un événement culturel et littéraire : vendredi prochain sort chez Mame la première traduction intégrale de la Bible liturgique en langue française.

Précision liminaire : à côté de bien d’autres éditions d’excellente facture - qui vont notamment de celle de Jérusalem à la TOB (Traduction œcuménique de la Bible) en passant par celle de Maredsous -, la Bible liturgique est reconnue officiellement par l’Association épiscopale liturgique pour les pays francophones et par la Congrégation romaine pour le culte divin et la discipline des sacrements pour toutes les célébratons catholiques, en ce inclus celles des sacrements. Et elle sera aussi la référence pour toutes les publications destinées à la catéchèse.

Autre grande caractéristique : si cette Bible est destinée à être lue, elle a aussi, sinon surtout, été (re)travaillée pour être proclamée en public. Oeuvre commune à toutes les Eglises locales francophones, ce travail monumental réalisé par 70 spécialistes de la Bible et de la langue française est aussi le fruit de moult collaborations belges.

Davantage encore, le coordinateur du chantier de traduction est un bénédictin d’origine liégeoise de l’abbaye de Clervaux, le P. Henri Delhougne (ordre de Saint-Benoît). On notera enfin que Mgr Jean-Luc Hudsyn, l’évêque du Brabant wallon, a suivi de près les travaux finaux en tant que vice-président de la Commission épiscopale francophone pour les traductions liturgiques. Un interlocuteur de choix avec l’éditeur pour situer l’importance de cette nouvelle édition.

Au lendemain du concile Vatican II, les évêques francophones avaient déjà fait élaborer une traduction destinée à une proclamation liturgique. Y figuraient à l’époque les textes lus lors des célébrations mais les lectionnaires, s’ils reprenaient la quasi-totalité du Nouveau Testament, ne reprenaient qu’un cinquième de l’Ancien testament. C’est dire si cette première Bible liturgique publiée chez Brepols était loin d’être complète.

Afin de combler ces lacunes, était lancé voici 17 ans un méga-chantier de traduction intégrale. On décréta une année de test pour voir si l’on pourrait venir à bout de l’Ancien Testament. Comme il fut positif, quelque 70 spécialistes issus de l’ensemble du monde francophone furent mis à contribution. Le travail exégétique fut confié tout logiquement à des exégètes mais aussi à des hymnographes et à des hommes et des femmes de lettres. Incise : ces dernières furent largement appelées à y contribuer à l’instar de la place qu’elles occupent de plus en plus dans les célébrations.

Qui a traduit la Bible ? On ne le saura… pas puisque, contrairement à d’autres éditions, la singularité ici est d’être anonyme. Mais le travail fourni n’en fut pas moins très sérieux car tous ont voulu rester le plus fidèle possible aux manuscrits bibliques sources, rédigés en hébreu, en araméen et en grec. Il y a eu aussi des coopérations étroites entre des exégètes et des auteurs spécialisés dans l’écriture religieuse. Qui plus est, il y a eu de nombreux retours vers l’ensemble des évêques francophones de (presque) tous les continents en parfaite entente avec Rome.

Selon le P.Delhougne, osb, qui a piloté le projet depuis le début, "le cahier des charges de la Bible liturgique était bien différent de beaucoup d’autres traductions officielles dont la plupart sont de bonne qualité. Elles étaient en effet conçues pour une lecture individuelle mais aucune n’avait été rédigée pour être proclamée en public. Ici, le texte perçu par les yeux du lecteur passe ensuite par sa bouche pour atteindre les oreilles de l’auditeur. Cela dit, notre travail se caractérise par la fidélité au sens d’origine. Cela vaut singulièrement pour une traduction biblique. Il ne s’agit pas seulement de déontologie de la traduction mais de la juste transmission de la parole que Dieu nous adresse par le média du texte scripturaire. Il y a donc clairement un enjeu théologique qui décuple l’exigence de fidélité".

Reste à dire un mot du triple atterrissage de la Bible liturgique, d’abord auprès de la commission épiscopale précitée, puis dans les Conférences épiscopales et, enfin, à Rome qui a accordé la "recognitio", la reconnaissance officielle : "ce ne fut pas qu’une suite d’accords administratifs", souligne depuis l’autre côté de l’Atlantique le P. Baillargeon. "Au contraire, il y a eu un processus authentiquement ecclésial, certes complexe, mais ce fut aussi l’occasion d’un extraordinaire dialogue".

Quels changements ?

Notre Père. C’est la mutation la plus médiatisée: “ne nous laisse pas entrer en tentation” remplace “ne nous soumets pas à la tentation”. Pour les Eglises protestantes et orthodoxes, cela ne posera pas de problème œcuménique.

Béatitudes. Le texte, comme celui du Magnificat, sera plus poétique : “Heureux les pauvres de cœur car le Royaume des Cieux est à eux”…

Epîtres de Paul. Elles sont désormais plus proches du texte originel, selon le bibliste Michel Quesnel.

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