Un couple au scalpel

Dernier prix littéraire avec l’Interallié à Nelly Alard.

Un couple au scalpel
Monique Verdussen

Nelly Alard a été sacrée mardi par le prix littéraire français Interallié pour "Moment d’un couple" (Gallimard), un roman qui dissèque la mécanique des sentiments au sein d’un triangle amoureux au pays des "bobos" (contraction de "bourgeois bohèmes"), a annoncé le jury.

Egalement comédienne et scénariste, la lauréate, qui signe là son deuxième roman, a été désignée au 4e tour. Trois romancières figuraient parmi les quatre finalistes de l’Interallié, qui clôt en France la saison des grands prix littéraires d’automne, marquée cette année par le couronnement de plusieurs autres femmes : Léonora Miano (prix Femina), Marie Darrieussecq (Médicis) et Monica Sabolo (Prix de Flore). "C’est un grand honneur de recevoir ce prix, particulièrement de la part d’un jury exclusivement masculin", a déclaré Nelly Alard, peu après l’annonce. "C’est une rupture pour l’Interallié qui n’avait pas couronné de femme depuis 22 ans", a-t-elle souligné.

"C’est un livre sur la fragilité du lien amoureux, sur la difficulté des relations entre homme et femme", a dit Nelly Alard, soulignant que "la dimension autobiographique a été considérablement surestimée" mais qu’on "met toujours de soi dans un roman". Une rumeur insistante veut que "Moment d’un couple" soit la réponse à un autre roman qui racontait, il y a dix ans, cette même histoire sous l’angle de sa rivale.

Dans notre supplément "Lire" de lundi prochain, nous reviendrons sur ce roman.

Nelly Alard y sonde un couple et une époque dans leurs vérités, leurs affrontements et leurs contradictions. Elle y insuffle l’art de visualiser des situations, de créer des ambiances et de faire vivre ses dialogues avec une justesse à laquelle son métier de scénariste - essentiellement pour la télévision - et de comédienne - même si elle ne l’exerce plus guère - n’est sûrement pas étranger. Dans un presque huis clos de trois personnages, les autres n’étant que secondaires, elle donne à voir, à entendre, à saisir les uns et les autres dans leurs complexités comme dans leurs débordements ou leurs simplismes. Ce qui frappe dans ce roman qui s’immisce dans les déchirements habituels des couples d’aujourd’hui, c’est l’acuité avec laquelle la romancière ausculte ceux-ci jusqu’au trop de dialogues.Monique Verdussen