Mme Bâ fait le ménage…

Erik Orsenna retrouve sa légendaire Mme Bâ. Elle retourne au Mali, mettre de l’ordre dans la pagaille. Pour un roman de philosophie politique.

Guy Duplat
Tuareg rebel belonging to the MNLA. After the libyan unrest the civil war in Mali between Tuareg rebels and government forces has escalated. The UN say that about 130.000 displaced person are facing a human catastrophy due to the food shortage in Sahel. Reporters / DPA
Tuareg rebel belonging to the MNLA. After the libyan unrest the civil war in Mali between Tuareg rebels and government forces has escalated. The UN say that about 130.000 displaced person are facing a human catastrophy due to the food shortage in Sahel. Reporters / DPA ©Reporters / DPA

Madame Bâ est de retour, tremblez… Dix ans après avoir créé ce personnage dans son roman "Madame Bâ", Erik Orsenna lui redonne vie et lui confie une mission redoutable : faire le ménage dans le Mali en pleine guerre civile, coupé en deux entre un Nord occupé par les Touaregs djihadistes ou trafiquants et un Sud miné par le poto-poto habituel.

Erik Orsenna aime l’Afrique, son Histoire et ses histoires, ses griots et ses fleuves qui ont une âme. Il a beau avoir hanté les couloirs lambrissés de la république mitterrandienne, l’"Immortel" avait pris bien du plaisir à entrer dans la peau de Madame Bâ, une Malienne qui exprime à elle seule toute la force et l’énergie mais aussi les malheurs de l’Afrique. Par sa bouche, Orsenna retrouve la langue des conteurs africains, leur gouaille et leur sagesse dignes de ce grand homonyme qu’était Amadou Hampâté Bâ.

Orsenna fut choqué par ce qui arriva dans ce si beau pays, suspendu entre savanes et Sahara. Cette guerre civile touchant le Nord saharien devenu inaccessible. Tombouctou livré aux intégristes et trafiquants de cocaïne, qui coupent des mains sur la place publique et démolissent les mosquées "hérétiques".

Pour écrire "Mali, ô Mali" qui sort mercredi en librairie, il a donc convoqué son alter ego en boubou, sa Mme Bâ pourtant installée en France grâce à Chirac, pour suivre son petit-fils qui échoua dans sa carrière de footballeur et s’est perdu à dealer la drogue.

Cette institutrice "honoraire" de 70 ans, a décidé de retourner au Mali et d’y sermonner tous ces "incapables", avec son énergie dont la folie ne peut se comparer qu’à celle du fleuve Niger, ce fleuve insensé né au bord de l’Océan mais qui choisit de partir plein Nord, vers le Sahara, menaçant de s’éteindre dans les sables avant de virer, majestueux, à hauteur de Tombouctou pour redescendre vers la mer.

Comme "Madame Bâ" l’était, ce roman est un livre de philosophie politique, d’école de la vie, celle qu’on découvre autour d’un feu ou en cheminant le long du fleuve pour entendre ce qu’il a à nous dire.

Mme Bâ a demandé à son petit-fils d’être le griot de ses exploits au Mali. Avec elle, on ne s’étonne plus de rien : qu’elle soit reçue par les nouveaux ministres à Bamako, qu’elle soit recrutée par les Renseignements Généraux français pour son ouïe fine (elle connait les bruits de fond de la société malienne), qu’elle déjeune avec François Hollande au-dessus du désert. Jeanne d’Arc africaine, elle évite tous les bûchers, osant partir en terre djihadiste, à Tombouctou, créer une école pour filles et distribuer des patchs contraceptifs. Car pour Orsenna (qui n’aime pas trop les Touaregs), le Mali doit avoir deux priorités : l’éducation, surtout des filles, et la contraception pour éviter que chaque femme ait encore 6,7 enfants en moyenne.

Son récit est allègre, léger, merveilleux comme celui d’un conteur doué mais aussi amer. Elle n’épargne personne. Nous avons besoin d’Afrique et de Mme Bâ. Lisez son histoire, vous serez enchantés. Mme Bâ vaut mieux que bien des spécialistes français, nous dit Orsenna, qui les connaît pourtant bien.

Mali, ô Mali Erik Orsenna Stock 403 pp., env. 21,50 €

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