Le "Poche" de la semaine : Taiye Selasi, "Le ravissement des innocents"

La talentueuse Taiye Selasi retrace la trajectoire d’un couple et de leurs quatre enfants pris au piège du déracinement. Où des êtres éparpillés évoluent dans une géométrie instable.

Morfil (French: Ile a Morfil; literally, "Ivory Island") is the largest island of Senegal. It lies between the River Senegal and the Doue River in northern Senegal. Around the eleventh century, Morfil was the centre of Tekrur, one of the first Islamic sub-Saharan states. As such, it was an important centre of trans-Saharan trade. The island later became part of the Ghana Empire, then the Mali Empire, and was finally conquered by the French. It is named for the elephants which once roamed the island, but are now locally extinct.
Morfil (French: Ile a Morfil; literally, "Ivory Island") is the largest island of Senegal. It lies between the River Senegal and the Doue River in northern Senegal. Around the eleventh century, Morfil was the centre of Tekrur, one of the first Islamic sub-Saharan states. As such, it was an important centre of trans-Saharan trade. The island later became part of the Ghana Empire, then the Mali Empire, and was finally conquered by the French. It is named for the elephants which once roamed the island, but are now locally extinct.
Geneviève Simon

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Toute de pureté poétique et d’émotions partagées, telle est la voix qu’offre Taiye Selasi dans son premier roman, "Le ravissement des innocents". De cette jeune femme (Londres, 1979) née d’un père ghanéen et d’une mère nigériane, "Granta" a naguère publié une nouvelle, "The Sex Lives of African Girls". Les encouragements de Toni Morrison l’ont convaincue de se lancer dans un roman. Cette "marraine" d’exception ne s’est pas trompée : "Le ravissement des innocents" ("Ghana Must Go", 2013) sera traduit en dix-sept langues.

Bien que chirurgien de renom, Kweku ne comprend pas ce qui lui arrive lorsqu’il s’écroule un matin dans l’herbe encore tapissée de rosée. Une crise cardiaque est en train de terrasser cet homme brillant né au Ghana, devenu un médecin respecté aux Etats-Unis avant un licenciement abusif. Dans cet entre-deux précédant sa mort, Kweku revisite son passé, repense une ultime fois au pont qu’il rêvait de construire entre ses origines modestes et un retour triomphal au pays, remonte à la source de ses joies de mari et de père. Avant d’être emporté, le cœur brisé.

Bientôt, Folá, "guerrière née" d’une grande beauté qu’il a abandonnée, écrasé par la honte d’avoir été humilié par ses supérieurs, apprend la nouvelle. Et la transmet à leurs quatre enfants, qui connaissent peu ou mal ce père qu’ils croyaient invulnérable. La famille éparpillée, dévastée, va se retrouver. Les expériences et souvenirs de chacun vont alors prendre corps, s’alterner, dessiner des trajectoires délicates que n’ont pas épargnées les tragédies. De l’Afrique de l’Ouest à la banlieue de Boston, Taiye Selasi - qui a étudié à Yale et à Oxford et partage son temps entre New York, Delhi et Rome - retrace la destinée d’êtres sans racines, sans centre de gravité, sans liens. Avec une intensité et une sensibilité rares, elle explore les drames, le déracinement, la désintégration, la dérive des modèles, l’invention de soi, la folle ambition de se forger une voie dans la dignité par-delà les prescrits culturels. La famille n’est peut-être que le théâtre d’une comédie. Ce qui n’interdit pas de rêver à quelque chose de mieux.


Le ravissement des innocents, Taiye Selasi, traduit de l’anglais par Sylvie Schneiter

Paraîtra en format poche en librairie le 18 février .

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