Les lapsus de Kroll et duBus

On ne présente plus vraiment Kroll ("Le Soir", "Ciné Télé Revue", RTBF, etc.) et duBus ("La Libre", "La DH", "Soir Mag"), deux diables rouges du dessin d’humour en Belgique. Deux fines lames qui viennent d’emballer leurs "cadeaux empoisonnés" de fin d’année.

Eric de Bellefroid
Les lapsus de Kroll et duBus

Les meilleures saillies de l’année des deux illustres illustrateurs de presse.

On se demande toujours pourquoi l’indicible, en presse écrite, peut être dit explicitement par les caricaturistes. Pourquoi la fibre satirique, dans les journaux sérieux, constitue l’apanage des dessinateurs. C’est l’éternelle magie du trait de crayon. Façon de dire les choses sans les dire. Comment traîner un cartooniste en calomnie et diffamation alors qu’il ne fait jamais que traduire, suggérer, interpréter, représenter des situations politiques ou sociétales ? Clamer bien haut ce que tout le monde pense tout bas. A tout le moins en son for intérieur. En son inconscient, individuel ou collectif.

On ne présente plus vraiment Kroll ("Le Soir", "Ciné Télé Revue", RTBF, etc.) et duBus ("La Libre", "La DH", "Soir Mag"), deux diables rouges du dessin d’humour en Belgique. Deux fines lames qui viennent d’emballer leurs "cadeaux empoisonnés" de fin d’année. Comme tous les ans, à pareille époque, en des albums truculents, où l’insolence le dispute comme de coutume à la "percutance". Chacun en son style propre. Pierre Kroll, enfant naturel de "Charlie Hebdo" et de "Hara-Kiri", qui célèbre vingt ans de petits dessins, signe pour l’occasion un "Grand Vingtième" qui rend un vibrant hommage à Hergé. Et une espèce de pied de nez subversif mais sympathique à son héritier putatif, un certain M. Sterling, intraitable gardien des royalties.

Avec quelques pages d’une "Aventure interdite" de Tintin, qui, à 85 ans, rêve de renouer avec la folle escapade. Début d’un album non autorisé que Me Bierenbeek, avocat de renom, sera chargé d’intercepter. L’on salue en ces quelques planches l’apparition à peine fantasmée de Son Altesse Abdallah Ben Kalish Ezab, émir du Khemed, pays organisateur de la prochaine Coupe du monde de football; et, dans sa résidence de soins, un méconnaissable capitaine Haddock écarlate et tout pelé qui ne se souvient plus précisément d’avoir marché sur la Lune avec son vieil ami reporter et n’a qu’un désir, obsédant à vrai dire : troquer sa crème à la vanille contre une lampée de whisky.

Tintin, comme de juste, n’est point absent non plus de l’album de Fred duBus, "Blackout". Digne héritier artistique, lui, du politiquement sulfureux Alidor (Paul Jamin) qui fit avec Henri Vellut les beaux et grands jours du canard satirique "Pan", notre confrère de "La Libre Belgique" se plaît autant que Kroll à croquer la Famille royale, nos nobles éminences politiques de tous bords et autres grands comiques de l’Etat. Pour le meilleur et pour le rire.


Blackout duBus Renaissance du livre 62 pp., env. 14,90 €

Le Grand Vingtième Pierre Kroll Renaissance du Livre 96 pp., env. 20 €