Le "Poche" de la semaine : Elliot Perlman, "La mémoire est une chienne indocile"

Dorénavant, chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique. Elliot Perlman est mis à l'honneur cette semaine.

Geneviève Simon
Le "Poche" de la semaine : Elliot Perlman, "La mémoire est une chienne indocile"
©Babelio/randomhouse.com

Dorénavant, chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique. Elliot Perlman est mis à l'honneur cette semaine.

Elliot Perlman avait créé la sensation, en 2005, avec la traduction française d’"Ambiguïtés", en s’adjugeant d’emblée une belle reconnaissance. Suivirent "Trois dollars" et "L’amour et autres surprises matinales". L’écrivain est de retour avec "La mémoire est une chienne indocile" ("The Street Sweeper", paru en Australie en 2011), ambitieux et passionnant roman porté par une écriture maîtrisée et dynamique, et une grande humanité. Un ample opus qui brasse diverses facettes de l’histoire contemporaine de l’Amérique et de l’horreur nazie.

Jeune Noir du Bronx, Lamont Williams vient d’être libéré après six années passées derrière les barreaux pour un vol à main armée qu’il n’a pas commis. Désormais employé des services d’entretien d’un centre de cancérologie - il pourrait décrocher un poste si la période d’essai se déroule sans accroc -, il se lie d’amitié avec Henryk Mandelbrot, un rescapé des camps de la mort. Qui lui contera, lui confiant la responsabilité de la relayer à son tour, l’histoire des siens et de son séjour dans l’enfer du Sonderkommando de Birkenau où il fut enrôlé de force. A l’autre bout de New York, Adam Zignelik enseigne l’histoire à Columbia. Mais la paresse pourrait lui enlever son poste. Aussi brillant et enthousiasme soit-il face aux étudiants, seules comptent les publications académiques. Or il n’a plus rien signé depuis longtemps. Cette menace déteint sur son couple. Diana désire ardemment un enfant, quand Adam refuse de devenir père. Au point que, bien que s’aimant toujours, le couple se sépare. Un jour, un vieil ami suggère à Adam de rencontrer un vétéran des droits civiques et de la Seconde Guerre mondiale. Lui qui s’est toujours considéré comme un imposteur va faire une découverte capitale. Autour des figures de Lamont et d’Adam évolue une myriade de personnages, tous pertinents, tous habilement campés, tous attachants. Entre eux, Elliot Perlman (1964), lui-même descendant de Juifs ayant migré en Australie, va tisser une toile complexe et subtile qui interroge la mémoire et la transmission, tout en brassant les thèmes de la ségrégation, la paternité, la justice sociale, la résistance sous quelque forme que ce soit. Impossible à résumer. Impossible d’y être indifférent.


Elliot Perlman, La mémoire est une chienne indocile, 10/18 n° 4896, 779 pp.