Luce Wilquin, 500 livres

L’éditrice belge publie son 500e titre. Elle est présente à la Foire. Rencontre de Camille de Marcilly.

Rencontre de Camille de Marcilly
Luce Wilquin, 500 livres
©Bortels

Rencontre de Camille de Marcilly.

Luce Wilquin a mis les pieds pour la première fois dans une maison d’édition il y a 45 ans. Pendant ses études de traduction et d’interprétariat, elle traduisait des textes pour Marabout. Puis elle a longtemps travaillé en Suisse, "Petit à petit, j’ai voulu fonder ma propre maison d’édition", nous raconte-t-elle sur son stand, à la Foire du Livre, où plus d’une quinzaine d’auteurs se succéderont pour des dédicaces.

Depuis 23 ans, Luce Wilquin publie une vingtaine de romans et recueils de nouvelles chaque année ; un rythme effréné dans le domaine de la littérature. "C’est beaucoup parce qu’il faut arriver à défendre chaque auteur, chaque texte." Pour mener ce navire, elle-même, son mari et depuis peu une attachée de presse indépendante et un comptable. Un travail de titan qu’elle a dû réduire après des ennuis de santé l’année dernière. "Je ne travaille plus que huit heures par jour au lieu de quatorze."

Un millier de manuscrits

Aujourd’hui, à la Foire, elle est heureuse de présenter le 500e titre, "Dans le bleu de ses silences" de Marie Celentin, une épopée (de 888 pages) qui nous emmène au IIIe siècle avant notre ère, au début de l’Egypte des Ptolémées. "Je n’ai rien dû faire pour ce premier roman, il m’est arrivé impeccable". Des manuscrits, Luce Wilquin en reçoit plus d’un millier par an. "Le premier tri se fait quand ils arrivent. Beaucoup de gens envoient partout sans se soucier de la ligne éditoriale de la maison. Les autres, on les lit de la première à la dernière ligne et ils doivent être excellents." La qualité, voici le premier critère de sélection de cette éditrice qui se dit "exigeante". "Le niveau n’a fait qu’augmenter ces dernières années. Bien sûr, dans une maison d’édition indépendante comme la nôtre, il faut aussi un coup de cœur. J’aime les histoires qui restent ouvertes à la fin, où le lecteur peut s’engouffrer. Il faut aussi une cohérence entre l’auteur et son texte, on ne travaille pas sur cahier des charges, sur un sujet qu’on imposerait, c’est l’auteur lui-même qui trouve son inspiration."

Après la décision de publier le livre vient le temps du travail de correction. "Cela dépend des écrivains. Les premiers romans, en général, demandent du travail. Grâce à ma formation de traductrice, je me mets très facilement à la place de quelqu’un qui écrit donc je peux faire avancer un texte, amener l’auteur un peu plus loin mais sans le heurter, sans imposer mon style."

Une famille

Chez Luce Wilquin, les auteurs, tous de langue française, belges, français, suisses et même québécois, forment une grande famille. "Ils se donnent souvent des coups de pouce pour des signatures en librairie par exemple." Sur les 500 titres, 340 sont signés par 90 auteurs. "Ils sont fidèles et je leur suis fidèle aussi, explique Luce Wilquin. Je viens de publier le 16e roman de Françoise Houdart, le chemin parcouru est fantastique."

Parmi ses meilleurs souvenirs, l’aventure de "Si tu passes la rivière", le premier roman de Geneviève Damas. "J’ai adoré tout de suite. C’est notre plus grand succès, plus de 10 000 exemplaires. Elle a reçu le prix Rossel et le prix des Cinq continents de la francophonie. Il est traduit en italien, en allemand, en espagnol, le roumain est en négociation, on vient de le vendre aux Etats-Unis, il est passé en livre de poche, c’est tout simplement merveilleux !"

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