"Sous le soleil de minuit": Découvrez la critique du dernier Corto Maltese

Le héros de Pratt revit grâce à Canales et Pellejero. Ce n’est pas un clone qu’ils animent mais bien l’univers du héros qu’ils habitent.

Gilles Milecan
"Sous le soleil de minuit": Découvrez la critique du dernier Corto Maltese

Le héros de Pratt revit grâce à Canales et Pellejero. Ce n’est pas un clone qu’ils animent mais bien l’univers du héros qu’ils habitent.L’attente était interminable. Laissé plus de vingt ans sans nouvelles de Corto Maltese, son public trépignait depuis l’annonce formelle, il y a environ un an, de la résurrection du marin anglais le plus stylé de la bande dessinée.

Les attentes étaient nombreuses. Confiées à un duo de stars, Juan Diaz Canales (notamment père du remarquable Blacksad) et Ruben Pellejero (auteur entre autres de l’élégant Dieter Lumpen), les nouvelles aventures de Corto se savaient épiées sur les différents terrains où excellait Hugo Pratt.

Un terreau historique dense mais utilisé uniquement en guise de décor, une manière toute philosophique d’aborder l’aventure avec un grand A, mais surtout un trait reconnaissable entre cent et qui matérialise le rapport du héros au récit qu’il est occupé à vivre. Des noirs profonds en guise de procédé principal en l’absence de détails superflus : "Corto", c’est d’abord une puissante identité graphique.

Cette personnalité, Pellejero s’y glisse dès les premières cases de "Sous le soleil de minuit", où l’on retrouve non seulement l’élégant marin mais aussi son comparse Raspoutine et la lueur de folie qui brille depuis toujours dans ses yeux. Se réveillant du poème dans lequel il s’était projeté en compagnie de son tempétueux ami, Corto retrouve la réalité. Il goûte peu les saveurs de l’Exposition universelle de San Francisco, qui se veut exagérément exotique.

Heureusement, une lettre de son ami Jack London l’expédie dans le grand Nord pour lui rendre un service. Porteur d’une missive destinée à un amour inoubliable, Corto débarque, le kitbag sur l’épaule, aux confins de la civilisation.

Canales offre ainsi à son marin le genre de cadre auquel il aime se heurter. Racisme, sexisme, organisation patriarcale, exploitation irrespectueuse de la nature et barbarie sont autant de réalités qu’il n’a jamais supportées.

Les rencontres sont elles aussi au rendez-vous. Explorateurs concurrents de l’Arctique, femmes de caractère, boxeurs et mercenaires sont autant d’occasion d’exercer son sens de la repartie et de tester son flegme face à l’inattendu et au danger. Corto n’a rien perdu de sa singularité ni de son cynisme, il reste solitaire dans l’âme, sans attaches et sans croyances. Comme si on l’avait quitté hier.

Sous le soleil de minuit. Corto Maltese, T. 13 Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero Casterman 82 pp., env. 16 €

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