Le "Poche" de la semaine : Stephanie Barron, "Le Jardin blanc"

Stephanie Barron imagine que Virginia Woolf n’est pas morte le 28 mars 1941.

Francis Matthys
Le "Poche" de la semaine : Stephanie Barron, "Le Jardin blanc"
©REPORTERS

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

Avec celle de Mishima en 1970 – qu’accompagna une sanglante mise en scène –, la mort que se donna Virginia Woolf est l’un des suicides les plus légendaires de l’histoire des Lettres du XXe siècle. A 59 ans, la mélancolique romancière de “Mrs Dalloway” et de “La Promenade au phare” (par ailleurs diariste aussi pénétrante qu’Anaïs Nin), lestant les poches de son manteau de lourdes pierres, se jeta dans les eaux de l’Ouse, laissant des missives adressées à sa sœur Vanessa et à son mari, Leonard Woolf. C’était le 28 mars 1941, au plus crucial de guerre. On ne retrouvera le corps que bien des jours plus tard. Laissant libre cours au goût qu’on lui devine pour l’uchronie (ce qui consiste à refaire logiquement l’histoire telle qu’elle aurait pu être), l’Américaine Stephanie Barron – qui a déjà publié au Masque sept fictions policières qui ont pour protagoniste la romancière britannique Jane Austen – nous livre un récit à clés, (presque) aussi captivant qu’une autre récente uchronie littéraire, “La véritable histoire de Lady L.”, où Monica Ali modifie radicalement la fin tragique de la Princesse de Galles. Mme Barron (née en 1963) y raconte qu’en 2008, visitant le célèbre Jardin blanc qu’à Sissinghurst conçut Vita Sackville-West (qui fut l’amante de Virginia Woolf), une jeune paysagiste américaine découvre, parmi les archives du jardinier, un carnet qui semble être un journal intime que Jo Bellamy fait expertiser car elle croit y reconnaître le style de l’auteure de “Orlando”. Le “hic”, c’est que ledit journal commence à la date du 29 mars, soit le… lendemain du (supposé) suicide de Virginia W. On n’en divulguera pas plus, par souci de ne point déflorer l’intérêt de la découverte d’un “romanquête” qui emprunte plus d’un chemin…


Stephanie Barron, "Le Jardin blanc", traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle D. Philippe, 10/18 n° 4976, 376 pp.