Timothée de Fombelle, dans la lignée d’Alexandre Dumas

Portrait : Laurence Bertels
Timothée de Fombelle, dans la lignée d’Alexandre Dumas

Son minuscule Tobie Lolness a remporté un immense succès. Une plume magnifique et le charme des débuts… 

Auteur surdoué de sa génération, arrivé avec grand fracas en littérature jeunesse malgré son extrême délicatesse et la toute petite taille de son héros, Tobie Lolness (Gallimard, 2006), Timothée de Fombelle s’inscrit dans la lignée d’un Alexandre Dumas. Il a en effet le souffle, le sens romanesque et le goût des aventures épiques du grand feuilletoniste qu’il avoue admirer particulièrement.

Loin des modes fantastiques ou nombrilistes, l’auteur français né en 1973 est un vrai raconteur d’histoires qui se lisent d’autant plus aisément que sa plume est fluide, limpide, précise et sa langue fleurie.

Dès l’entame de son premier livre - bouclé la nuit où naissait sa fille ! -, le lecteur comprend qu’il va se laisser emporter, prendre par la main et oublier le quotidien qui l’entoure pour s’évader par le livre. On se souvient bien sûr de Tobie Lolness qui, avec son millimètre et demi de hauteur, était tout de même bien petit pour son âge !

Partant de ce constat, de cette contrainte créative, l’écrivain, qui fut avant tout dramaturge reconnu, plante, c’est le cas de le dire, son récit dans un arbre, véritable métaphore du monde des humains, des bassesses de la vie en société, des arcanes du pouvoir et du danger de la tyrannie. Sans oublier l’essentielle force de l’amour et les beaux yeux d’Elisha, au cœur du deuxième tome.

Assurément parmi les meilleurs récits jeunesse parus ces dernières années, "un chef-d’œuvre" écrivions-nous à l’époque, cette fable écologique traduite en vingt-neuf langues, a récolté de nombreux prix dont celui de Libbylit décerné au Salon du livre jeunesse de Namur. "Je m’en souviens encore très bien. C’était mon premier prix. On n’oublie pas cela", nous explique l’auteur.

"C’est incroyable de voir qu’un récit aussi intime, en réalité, a parlé aux gens du monde entier. J’avais choisi un narrateur omniscient mais, en même temps, je réalise bien que je ne parle que de moi à travers tous les personnages. Contrairement à l’illusion du début, il ne s’agit pas d’un récit fantastique. Il n’y a pas de super-pouvoirs ni de monstres. J’ai retrouvé notre monde avec ses tensions, ses inquiétudes, mes préoccupations. C’est une écriture très intime. Mes proches me reconnaissaient à chaque page. Le père de Tobie est un croisement de mon père et de mon grand-père. J’ai déjoué la crainte du nombrilisme en partant dans l’imaginaire. Et ma mère m’a dit deux phrases : C’est incroyable, où vas-tu chercher tout cela ? et Qu’est-ce que cela te ressemble !. Je pense que c’est cela l’imaginaire. Puiser suffisamment profond en soi pour qu’on ne reconnaisse pas la source et, malgré tout, cette profondeur est la nôtre, c’est une source cachée", nous dit l’auteur quelques minutes avant de sauter dans un train pour aller s’isoler dans la nature et finir le premier vrai roman adultes qu’il écrit actuellement et qui parle… d’enfance.

A cet instant, nous revient notre première rencontre fortuite à la BNF (Bibliothèque nationale de France) d’où il sortait, très concentré. Il avait passé la journée à écrire car il aime travailler hors de chez lui, comme s’il allait au bureau. Après avoir beaucoup fréquenté les bibliothèques, il a finalement opté pour un atelier d’artisan, qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau, dans le Marais, à une heure de chez lui.

Atteint plus qu’un autre du syndrome du deuxième roman, en raison de l’immense succès de Tobie Lollness, Timothée de Fombelle voulait mettre toutes les chances de son côté. "J ai pris plus de temps. Je n’avais pas droit à l’erreur. On m’avait dit qu’on m’attendait au tournant." Et quel tournant ! La suite de ses aventures littéraires allait nous porter plus haut encore, avec "Vango" (Gallimard, 2001-2013), une épopée digne de Dumas, un livre jeunesse mais surtout un livre pour tous, deux tomes que les éditions Gallimard viennent de publier en Folio. C’est tout dire.

"Quarante hommes en blanc étaient couchés sur le pavé"… Lorsqu’un roman commence par une phrase aussi visuelle et intrigante que celle-ci, la curiosité du lecteur est d’emblée réveillée. Et le talent de l’écrivain aussitôt confirmé. Cela, grâce à Vango Romano, héros aux semelles de vent dont on suit passionnément les (més)aventures et l’étrange destinée. Toujours belle, fluide, classique et maîtrisée, la langue de l’auteur nous emporte, sans effet de manche, dans le sillage de Vango, jeune fugitif sur le fil du danger dont on devine peu à peu les origines. Après l’arbre de Tobie, de Fombelle prend son envol à bord d’un dirigeable et survole l’une des périodes les plus passionnantes et tragiques de l’Histoire contemporaine, l’entre-deux-guerres. Un décor original, avec la vaisselle délicate du dirigeable, son beau monde et toute une atmosphère… Les autres récits, "Le livre de Perle" (Gallimard, 2014), ,brillent également par leur délicatesse. Et l’on avoue attendre beaucoup de sa première trilogie qui racontera l’esclavage aux Caraïbes et en Afrique. Une saga autour du monde avec une jeune esclave noire comme héroïne. On imagine le meilleur !


Rencontre avec Timothée de Fombelle le 9/3 à 11h (Grand-Place du Livre) et à 13h au Théâtre des Mots; le 10/3 à 10h et 12h (Scène Verte).

Timothée de Fombelle, dans la lignée d’Alexandre Dumas
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