Le poche de la semaine : "Quand les étoiles s'éteignent" de Richard Wagamese

Pheasants Peak in mist with algae-covered boulders on slope, Coolangubra Section, South East Forest National Park
Pheasants Peak in mist with algae-covered boulders on slope, Coolangubra Section, South East Forest National Park ©UNIVERSAL IMAGES GROUP/REPORTERS
Geneviève Simon

Chaque vendredi, La Libre sélectionne un livre paru en format "Poche" et vous en propose la critique.

A l’approche de la mort, un père demande à son fils qu’il ne connaît pas de l’emmener dans la montagne. Une ultime occasion de rencontre où le silence compte autant que les révélations.

Difficilement traduisible, le titre "Medecine Walk" porte une dimension invisible dans son pendant français, "Les Etoiles s’éteignent à l’aube" : celle du pouvoir de la medecine indienne. Car c’est bien ce qui est au cœur de ce roman, le premier de Richard Wagamese à être accessible aux lecteurs francophones. Sentant sa fin proche, Eldon Starlight demande à Frank, son fils de seize ans, de l’emmener au cœur de la montagne, sur une haute ligne de crête située face à l’est. Une coutume Ojibwé veut qu’on enterre là les guerriers.

Retrouvailles manquées

Père et fils ne se connaissent pas. C’est un vieil homme bienveillant et généreux qui a élevé Frank, et ce garçon mélancolique et songeur lui doit tout ce qu’il est, de la fidélité à son sang indien à l’amour et au respect de la nature. Entre Frank et Eldon, il n’y eut jamais que des retrouvailles manquées. Mais là, soixante kilomètres les attendent, à cheval pour l’un, très affaibli, à pied pour l’autre. Une ultime occasion pour se rencontrer. Et, pour Frank, de connaître enfin l’identité de sa mère et les motifs de l’absence d’Eldon.

Le poche de la semaine : "Quand les étoiles s'éteignent" de Richard Wagamese
©Linda McRae


"J’ai été élevé à dire les choses et à les demander sans détours. Comme ça on gagne du temps et on se pose moins de questions." Tantôt la grâce de l’écriture de Richard Wagamese célèbre magnifiquement la majesté de la nature, tantôt ses dialogues taillés dans l’essentiel placent sans relâche ses personnages sur le fil de leur relation. Ce qui n’empêche d’amples récits. "On n’est rien d’autre finalement. Que des histoires." Voilà venu pour Eldon le temps de la vérité. Celle d’une vie de pertes et de souffrances. D’un amour trop tôt disparu. Des séquelles d’une effroyable guerre. Du refuge de l’alcool. De l’origine de leur patronyme, précieux héritage. De la question de l’identité et des risques de l’acculturation. Du Mystère que demeure tout être, et de la nécessité de vivre avec cette réalité plutôt que de chercher à la résoudre ou à la combattre.

"Je peux rien t'enseigner de ce que tu es, Frank. Tout c'que j'peux faire, c'est te montrer comment être une bonne personne. Si tu apprends à devenir un homme bon, tu seras aussi un bon Injun. Du moins c'est comme ça que je crois que ça marche." (extrait)

Premier lauréat indigène d’un prix de journalisme national canadien en 1991, Richard Wagamese a depuis poursuivi un travail régulièrement récompensé. Avec "Les Etoiles s’éteignent à l’aube", il a signé une œuvre profonde et singulière, où ce qui se dit compte autant que ce qui est tu, formant par les mots et en deçà de ceux-ci une subtile alchimie où la perte et la rédemption atteignent un sommet.Geneviève Simon

Richard Wagamese, "Les Etoiles s’éteignent à l’aube", traduit de l’anglais par Christine Raguet, 10/18, 312 pp.