De la Mongolie à l'Italie, Christiana Moreau fait voyager un pull en cachemire

Dans "Cachemire rouge", Christiana Moreau fait vibrer les très beaux paysages de Mongolie avant d’aborder les rudes conditions de travail des ateliers chinois.

Moltsog Els, Mongolia, july 29, 2007 A shepherd's woman is milking the goats in the evening. All the goats are tied together to make milking more efficient. Reporters©Nick Hannes ger, yurt, tent, nomad, nomadic, goat, work, business, economy, trade, steppe, traditional life, Asia, milk
Moltsog Els, Mongolia, july 29, 2007 A shepherd's woman is milking the goats in the evening. All the goats are tied together to make milking more efficient. Reporters©Nick Hannes ger, yurt, tent, nomad, nomadic, goat, work, business, economy, trade, steppe, traditional life, Asia, milk ©Reporters/Nick Hannes

Christiana Moreau fait vibrer les très beaux paysages de Mongolie avant d’aborder les rudes conditions de travail des ateliers chinois.

D’emblée, Christiana Moreau nous plonge au cœur de la Mongolie. Et surgit aussitôt la folle envie de s’y rendre. Son héroïne, Bolormaa, vit avec ses parents et ses frères au cœur des steppes, en harmonie avec la nature. Mais un été caniculaire suivi d’une vague de froid extrême (le dzud) ont raison des troupeaux de chèvres. Après avoir débattu du sort de la famille, son père, Batbayr, et ses deux frères, Tsooj et Serdjee, décident d’abandonner leur vie nomade pour rallier Ordos en Chine, où "ils seront désormais sédentaires et les coutumes ancestrales perdues à jamais". La jeune Bolormaa en a hérité, elle qui transforme un dernier écheveau de la précieuse laine de cachemire en un tricot "à faire pâlir d’envie les marques de luxe occidentales".

Réflexion sur les sources de la création

Sculptrice, peintre, la Belge Christiana Moreau signe avec "Cachemire rouge" un vibrant deuxième ouvrage.
Sculptrice, peintre, la Belge Christiana Moreau signe avec "Cachemire rouge" un vibrant deuxième ouvrage. ©DR


Alessandra, qui tient une boutique avec son amie Giulia, au centre de Florence, se rend une fois par an à Ordos, afin de se fournir en lainages de qualité. Alors qu’elle "n’achète que du beige, du taupe, du mastic ou galet chiné, gris, poudré ou blanc…", la voilà attirée par un pull rouge que lui tend une petite vendeuse aux yeux bridés. Bolormaa.

Des splendides paysages des steppes aux rudes conditions de travail dans des ateliers chinois, en Chine puis en Italie, Christiana Moreau n’a pas son pareil pour rendre vivant son récit. Pourtant, la romancière, qui est également peintre et sculptrice, n’a jamais été en Mongolie. La lecture de nombreux livres et le témoignage d’une personne qui s’y est rendue à plusieurs reprises ont alimenté son imaginaire. Par contre, elle a arpenté le Chinatown de Prato, en Italie, et a fait des milliers de kilomètres dans les trains-couchettes à l’époque de l’Union soviétique - un trajet que vont emprunter Boloorma et son amie XiaoLi dans l’espoir de se construire un avenir meilleur.

Des pages qui portent haut les couleurs de l’amitié et de la solidarité. L’occasion aussi pour l’autrice belge de proposer une réflexion sur les sources de la création.

De la Mongolie à l'Italie, Christiana Moreau fait voyager un pull en cachemire
©IPM

Cachemire rouge | Christiana Moreau | Préludes, 265 pp., env. 16,90 €

EXTRAIT

"Avant de venir à Ordos, alors que je faisais la toute dernière récolte de cachemire avec ma famille, j'ai confectionné un pull avec le duvet de mes regrettées chevrettes. Je l'ai filé puis teint en rouge. Pas un rouge chimique et vulgaire comme celui de l'atelier, non, une couleur que j'ai concoctée avec des plantes sauvages récoltées dans la steppe et choisies pour leur pouvoir colorant. Il m'a fallu des années d'observation à essayer de reproduire les gestes de ma grand-mère, à tester des échantillons encore et encore pour arriver à ce résultat."