Cinq livres de poche à prendre avec vous en vacances

Pour certains, l’été signifie retrouver (enfin) du temps pour lire. Parmi les parutions récentes en version poche, voici cinq propositions coups de cœur. À déguster sans modération !

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Pour certains, l’été signifie retrouver (enfin) du temps pour lire. Parmi les parutions récentes en version poche, voici cinq propositions coups de cœur. À déguster sans modération !


L’Art de perdre

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Multiprimée (notamment par le prix littéraire du Monde et le Goncourt des Lycéens), cette saga retrace avec brio le destin d’une famille de harkis qui a le non-dit en héritage. Des années 1930 à aujourd’hui, Naïma, la narratrice, remonte le fil de l’histoire de son père Hamid et de son grand-père Ali. C’est sur place, en Algérie, qu’elle comprend l’essentiel. Si les faits, documentés et contextualisés, forment la trame du récit, l’aspect humain donne à l’ensemble sa saveur et son attrait. Ali est un paysan prospère qui s’est engagé pour la France lors de la Seconde Guerre mondiale. La joie du retour sera vite ternie par les prémices de la guerre d’Algérie. La suite est connue, mais peu de l’intérieur : le racisme et les humiliations, l’émergence du FLN et l’instrumentalisation des harkis, les attentats et la fuite. À la fois quête d’identité et réconciliation avec soi, cette traversée redonne dignité et visibilité à des bannis de l’Histoire.

Alice Zeniter, J’ai Lu, 600 pp., env. 8,50 €


Le Passé

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Vont-ils vendre la maison de leurs grands-parents ? Ils se sont donné trois semaines pour en décider, pendant lesquelles trois sœurs et un frère vont évaluer leur attachement à Kington, coin perdu d’Angleterre, au regard de l’état de délitement de la bâtisse et des frais qu’il faudrait engager pour la réhabiliter. Mais pas seulement. Chacun a sa manière d’appréhender le passé. Personne n’échappe aux non-dits, malentendus, réévaluations. Ils se connaissent, mais l’alchimie peut avoir des ratés. Chez les adultes et chez les enfants, les dynamiques diffèrent. Certains équilibres pourraient vaciller. Car tout l’art de Tessa Hadley (Bristol, 1956) est dans la finesse psychologique. Aucun personnage ne supplante l’autre. On s’épie, on s’envie, on s’évite, on s’électrise… Sous sa plume qui excelle à portraitiser des êtres qui ont tous quelque chose à nous dire, une époque prend fin, ses croyances, son mode de vie, ses rites.

Tessa Hadley, traduit de l’anglais par Aurélie Tronchet, 10/18, 384 pp., env. 7,80 €


Quelle n’est pas ma joie

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Avouons-le d’emblée : Jens Christian Grøndahl est un immense écrivain. Il le prouve à nouveau avec ce bref et intense roman tissé autour de la mélancolie et des regrets, de l’absence et des ruptures. Lorsque Anna et le mari d’Alinor, sa meilleure amie, sont morts emportés par une avalanche, Alinor ignorait tout de leur liaison. Il n’y a ni grief ni amertume dans la lettre qu’Alinor adresse à Anna au soir de sa vie. Sur le fil d’un deuil et d’une solitude jamais écrasants se déploie l’histoire d’Alinor. Elle vient de perdre Georg, le mari d’Anna, avec lequel elle avait refait sa vie, et s’apprête à s’installer dans le quartier populaire de son enfance, à Copenhague. Une nouvelle page se tourne pour elle, et son regard vers le passé mêle avec subtilité joie et tristesse. D’une trame qui peut paraître invraisemblable (l’histoire de deux couples où l’amour et l’amitié se confondent), l’écrivain danois livre un roman magistral.

Jens Christian Grøndahl, traduit du danois par Alain Gnaedig, Folio, 144 pp., env. 6,20 €


Farallon Islands

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Les îles Farallon, sanctuaire marin sis au large de San Francisco, n’ont rien d’hospitalier. Là vivent six biologistes. L’absence de distraction fait de leur mission une obsession. Photographe ayant bourlingué à la recherche de paysages extrêmes, Miranda les rejoint dans ce lieu sauvage, minéral, hostile, isolé. L’accueil est glacial. Ils travaillent, se croisent, mais ne partagent rien de ce qui les fait humains. Experts dans l’observation des animaux, ils sont imperméables à leurs semblables. Quand, implacable, la géographie des lieux devient le lieu d’un huis clos exempt de tranquillité et de solitude. Celui qui s’aventure sur l’île ne le fait jamais sans risques. Un faux pas, et c’est la chute : de féroces prédateurs guettent. Tendu à l’extrême, naturaliste tout en explorant la psychologie de personnalités pour le moins étranges, ce premier roman révèle une conteuse malicieuse et une subtile portraitiste.

Abby Geni, traduit de l’américain par Céline Leroy, Babel/Actes Sud, 378 pp., 8,80 €


Railway Underground

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Railway Underground est un réseau de volontaires qui aidaient les esclaves dans leur fuite. S’inspirant des Voyages de Gulliver, Colson Whitehead imagine un vrai chemin de fer, ses gares, ses trains. Le roman débute dans les années 1850, avant la guerre de Sécession. Cora, jeune esclave qui tente de garder la tête haute malgré la violence et l’oppression, est approchée par un esclave plus âgé. Ce dernier a été domestique et respecté : il sait que la vie peut être autre. Il lui propose de l’accompagner dans sa fuite. D’abord réticente, elle accepte. À chaque étape de son parcours et arrêt du chemin de fer, Cora est confrontée à un épisode de l’histoire américaine - un moment de l’évolution de la question raciale. L’épopée de Cora s’effectue par petites progressions, mais les chaînes sont, d’une certaine manière, toujours là. Prix Pulitzer 2017 et National Book Award 2016, une convaincante œuvre testamentaire.

Colson Whitehead, traduit de l’américain par Serge Chaucin, Le Livre de Poche, 416 pp., env. 8,20 €