Arelis Uribe braque le projecteur sur le Chili d’en bas

Dans "Les Bâtardes", la Chilienne Arelis Uribe donne chair et voix à des jeunes femmes à la marge.

Arelis Uribe braque le projecteur sur le Chili d’en bas
©DR

À l’instar d’Alia Trabucco Zerán (La soustraction, Lire du 17/2/2021), Arelis Uribe (Santiago, 1987) a grandi dans le Chili post-Pinochet. Porte-parole de l’Observatoire contre le harcèlement de rue, journaliste aussi, l’autrice voit son premier recueil de nouvelles Quiltras traduit en français (Les Bâtardes).

Racontés à la première personne du singulier dans un style frontal, ces huit récits s’inscrivent dans une époque et, surtout, un milieu, celui des laissés-pour-compte d’une politique ultralibérale que le Chili a connue et continue de connaître depuis les années 90. Huit histoires ayant pour protagonistes de jeunes adultes : deux cousines qui ont été abusées, deux filles qui découvrent leur homosexualité, deux copines issues de milieux sociaux très différents, l’amour au tout début des réseaux sociaux ­ - Napster (!) - avec ses cyber fiancés,…

Une majorité d’héroïnes

Des femmes, presque toujours, un parti pris, dans une société encore fort marquée par le machisme. Dans la langue des Indiens mapuche, quiltro signifie chien. Chez Arelis Uribe, Quiltras, ce sont les chiennes de rue qu’elle oppose à cuicas (blancs des classes aisées). Les unes ne savent pas d’où ils viennent quand les autres connaissent très bien leurs origines. Arelis Uribe donne chair et voix à cette marge, celle d’en bas - qu’on ne prend pas en compte, mais qui compte pourtant autant que les autres - avec ses espoirs et trop souvent ses désillusions. C’était il y a 30 ans et cela n’a guère changé…

  • *** Arelis Uribe | Les Bâtardes | Nouvelles | traduit de l’espagnol (Chili) par Marianne Millon, postface de la poète et journaliste péruvienne Gabriela Wiener, Quidam éditeur, 113 pp., 14 €, version numérique 10 €
EXTRAIT
"Quand elle me corrigeait, j'étais envahie d'une étrange amertume. J'aimais qu'elle relève mes erreurs, je me sentais plus forte, plus légitime à ses côtés. Mais en même temps, c'était douloureux de ne pas avoir reçu à la naissance tous ces petits savoirs censés être nécessaires pour évoluer dans le monde avec assurance."