L’envoûtement du Clan des Otori

Somptueuse adaptation de la saga de Lian Hearn. Du Japon féodal aux États-Unis, les héros jouissent de super pouvoirs.

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© Tales of Otori – 1. Across the Nightingale floor © Lian Hearn, 2002 © Gallimard, Stéphane Melchior et Benjamin Bachelier, 2021, Le Clan des Otori T1 – Le silence du rossignol.
laurence bertels

Comment passer sous silence l’adaptation somptueuse, en bande dessinée, du Silence du rossignol, premier tome du Clan des Otori de Lian Hearn , une épopée époustouflante traduite dans 42 langues et vendue à plus de quatre millions d’exemplaires ?

L’album s’ouvre sur l’incendie du village de Tomasu, jeune homme sauvé par Otori Shigeru, sire héritier du Clan des Otori qui l’adoptera et le nommera Takéo. Celui-ci découvrira sa destinée ainsi que les dons particuliers dont il jouit, dans ce Japon féodal où les samouraïs font la loi. Luttes de clans, rivalités intestines, traversées de doutes intérieurs, nuits de vengeance et amours impossibles sont quelques-unes des qualités de cette saga basée sur une réalité historique et culturelle.

Le scénariste Stéphane Melchior et l’illustrateur Benjamin Bachelier – un duo remarqué pour son adaptation de Gatsby le magnifique – se sont emparés du récit avec respect et talent. À tel point que l’auteure y a découvert les décors tels qu’elle les avait imaginés. Benjamin Bachelier a abandonné son style impressionniste au profit d’un dessin plus précis pour mieux rendre la beauté des costumes, des décors, des tenues des samouraïs ou encore des robes des femmes. Multipliant les estampes, comme une virgule narrative, l’illustrateur dit s’être également inspiré d’Hokusai.

Stéphane Melchior, quant à lui, a sorti ses grands ciseaux pour adapter le texte et a opté pour le ton de la confidence – celui du récit, selon lui. Le recours à la voix off, comme au cinéma, et au renard dieu, fidèle à l’esprit japonais, qui permet de résumer les propos tout en restant proche de la psychologie des personnages, sont deux autres options qui ont contribué à la réussite de ce travail d’orfèvre qui mêle à merveille tension et délicatesse.

Devenir une super sourde

Dans un registre plus contemporain et plus direct, la question du handicap s’offre une case de premier choix dans Super Sourde de Cece Bell, élu meilleur livre jeunesse aux États-Unis. Un titre qui indique d’emblée au jeune lecteur, féru de superhéros, comment faire une force d’une faiblesse. Suite à une méningite, Cece perd l’ouïe mais refuse d’apprendre la langue des signes. Ses parents respectent son désir de poursuivre une scolarité normale, malgré les aléas de son choix. La fillette découvre d’abord l’isolement puis s’initie à la lecture labiale et à ses inévitables malentendus. Appareillée, elle doit affronter l’école, quelques moqueries et apprendre à s’assumer. De maladresses en déceptions, elle s’adaptera et son appareil auditif lui permettra d’entendre ce que les autres n’entendent pas. Au point de devenir populaire dans ce roman graphique, initiatique, tonique et autobiographique qui choisit résolument le ton de l’humour et du positivisme pour appréhender les épreuves de la vie. Une édition augmentée de quarante pages des coulisses de la BD.

Mari et la moto de sa grand-mère

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© dorothée de monfreid


L’héroïsme ponctue également le parcours de la petite Mari, dans Mari Moto seule contre l’ouragan. Plutôt frileux, ses parents refusent de la laisser sortir seule à vélo pour aller chercher du pain. Ils ignorent alors combien la fillette va faire preuve de courage et d’intelligence après qu’un terrible ouragan a tout ravagé sur son passage, y compris le téléphone et la liaison Internet. Blessée, Baba, la grand-mère de Mari, peintre à ses heures et grande fumeuse de pipe, ne peut aller chercher les secours. Qu’à cela ne tienne. Mari, malgré son jeune âge, enfourche la moto de sa grand-mère qui traînait dans le garage pour voler au secours de ses parents et de nombreux autres habitants de la ville. Un exploit qui lui vaudra la Une du journal local dans un road movie original et pétaradant imaginé par Dorothée de Monfreid qui aime donner voix aux fillettes intrépides.

★★★★ Le clan des Otori. Le Silence du rossignol BD De Stéphane Melchior et Benjamin Bachelier d’après Lian Hearn, traduit de l’anglais par Philippe Giraudon, Gallimard jeunesse, 93 pp. Prix 17,80 €. Dès 9 ans

★★ Super sourde BD De Cece Bell, traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Dauniol-Remaud, Les Arènes BD, 287 pp. Prix 21,90 €. Dès 7 ans

★★ Mari Moto seule contre l’ouragan  BD De Dorothée de Monfreid, Seuil, 93 pp. Prix 11 €. Dès 7 ans