Ces petits gestes qui changent la vie

Plus attendue que jamais, la rentrée est aussi source d’angoisse tant la cruauté fait parfois rage dans la cour de récré.

Ces petits gestes qui changent la vie
©L.E.B.LEWIS
Laurence Bertels

La voici, à nos portes, plus présente, et peut-être plus attendue que jamais, cette rentrée des classes qui remet les enfants, trop longtemps privés d’école, sur le chemin de l’apprentissage, du lien à l’autre, de l’évasion. Mais aussi, hélas, de l’exclusion. Microcosme de la société, la cour de récré ressemble en effet parfois plus à une véritable arène pour certains élèves. Car le principal sujet de conversation lors de la rentrée, ne concerne pas le cours de français, l’imparfait appelé à devenir plus que parfait, la maîtrise de la table de multiplications ou l’apprentissage des capitales d’Europe, mais bien l’arrivée des nouveaux. Qui n’apparaissent pas toujours le 1er septembre, comme on peut le voir avec Maya.

La main dans celle de la directrice, la fillette arrive, en plein hiver, les yeux baissés, vêtue de vêtements usés et de chaussures de printemps à la courroie brisée. Une tenue qui lui vaudra d’être la risée de tous.

Sous l’injonction de l’institutrice, elle vient s’asseoir à côté de Chloé qui avoue avoir détourné les yeux et souvent fui le regard de l’inconnue.

Les jours suivants, Maya a beau multiplier les gestes pour se faire apprivoiser, elle ne parviendra pas à entrer dans le cercle fermé des amies de longue date qui ne ratent pas une occasion de se moquer de ses vêtements, de l’ignorer et de la rejeter.

L’institutrice choisit la métaphore du caillou jeté dans l’eau et des rides qu’il dessine alors autour de lui pour rappeler à quel point chaque geste, chaque attention compte et se répand dans l’entourage.

Mais son message sera entendu trop tard par Chloé qui, lorsqu’elle s’est décidée à rendre un sourire à la nouvelle venue, ne l’a plus trouvée, sa famille ayant dû quitter le pays précipitamment.

Une place pour l’espoir

Imaginé par l’Américaine Jacqueline Woodson, femme de lettres dont le travail fut à la fois couronné par le Prix Astrid Lindgren (2018) et par le prix Hans Christian Andersen (2020) – tous deux qualifiés de Nobel de la littérature jeunesse – ce récit montre à la fois la cruauté des enfants, qui se développe avec la vie en société, et le drame de l’exil sans doute subi par la jeune Maya.

Illustré à l’aquarelle avec autant de talent que de réalisme par Earl Bradley Lewis, il oscille aussi dans les méandres de la pensée enfantine, qui ne s’accorde pas toujours avec ses actes.

Connue pour aborder, avec lyrisme, des sujets de société, qui vont du placement familial aux relations interraciales, l’autrice laisse toujours une place à l’espoir malgré la thématique abordée.

Elle réussit à nouveau, dans son Petit geste à donner vie, profondeur et caractère aux petites filles dans un album, mûr et intelligent, qui montre sa considération pour le jeune lecteur.

Kate moche

Ces petits gestes qui changent la vie
©magali le huche

Pour la petite Kate, ses boucles brunes et son cartable violet sur le dos, la vie à l'école n'est pas facile non plus. Les enfants n'ont pas leur pareil pour déformer les noms et prénoms. Il n'aura donc pas fallu longtemps pour qu'on la considère comme la fille la plus moche de l'école et qu'on la surnomme Kate Moche, comme le titre de l'album d'Antoine Dole, en référence directe au célèbre mannequin. Mais plutôt que de se laisser démonter, la fillette, pleine de ressorts, part dans de doux délires lorsqu'elle rentre chez elle et, face au miroir, s'imagine en scientifique expérimentée, en doctoresse dévouée, en ninja acrobate, en exploratrice courageuse et, bien sûr, en intrépide rêveuse comme l'illustre Magali Le Huche, bien connue des jeunes lecteurs, avec cette balade en barque, au clair de lune, sous un ciel bleu nuit, accompagnée de son tigre et de son cheval favoris.

Plus psychédéliques, les autres rêves sont imagés, mouvementés et fougueux. Comme une réponse démesurément souriante à la bêtise humaine et à la méchanceté de ses camarades de classe. L’auteur, dans un texte court aux accents poétiques, aborde ici la question du harcèlement sous un jour nouveau, en essayant d’y apporter des réponses positives. Celles-ci ne suffiront peut-être pas, mais elles mettent l’enfant sur la bonne voie, lui apprennent à cultiver la confiance en soi et à s’aimer tel qu’il est. Peut-on imaginer meilleure résolution pour la rentrée ?

★★★ Un petit geste Album De Jacqueline Woodson et E.B.Lewis, traduit de l’anglais (États-Unis) par Chistiane Duchesne, Éditions Deux, 32 pp. Prix 15 €. Dès 5 ans.

★★ Kate Moche Album De Antoine Dole et Magali Le Huche, Actes sud junior, 48 pp. Prix 14,90 €. Dès 4 ans.