Le trésor inédit de Mario Ramos

Pastel publie une histoire inédite et ses recherches pour “La pirate” dans “Un monde de cochons. La totale”. De l’or…

Le trésor inédit de Mario Ramos
©D.R.

Restait-il des inédits dans les cartons de Mario Ramos parti, sans crier gare, à 56 ans, un certain 18 décembre 2012, laissant une houle de tristesse dans son sillage ? La question n'osait être posée. Son éditeur, Pastel, vient d'y répondre en publiant dans le recueil La totale une histoire inédite d'Un monde de cochons, Le trésor de Louis, suivi de La pirate. Recherches.

Grande figure de la littérature jeunesse, Mario Ramos était reconnu et traduit dans une vingtaine de langues. Il a, grâce à la trentaine d'albums publiés, dont l'inoubliable C'est moi le plus fort, donné le goût de la lecture à des milliers d'enfants touchés par son regard décalé mais aussi tendrement lucide sur la vie et les relations des uns avec les autres. Il ne manquait jamais de dénoncer le pouvoir d'un coup de patte de loup ou l'injustice d'un tour de cochon.

Malgré l’œuvre qu’il laisse derrière lui – 34 livres en tout –, il aura fallu attendre près de dix ans pour découvrir l’inédit espéré. C’est qu’il n’est pas toujours aisé de revenir dans l’atelier d’un disparu, d’ouvrir ses cartons, de ranimer son esprit.

Alors, à la veille du 7 novembre, sacré Journée Mario Ramos, lisons à pas feutrés et avec l’indulgence requise ces nouvelles histoires, toujours en chantier et pourtant tellement abouties.

Découvrir les manuscrits de l’auteur permet aussi d’effleurer son intimité, d’entendre ses questionnements, de côtoyer ses essais, de l’imaginer derrière la porte, à la manière d’un loup, son animal fétiche, toujours prêt à surgir, la gueule entrouverte, la babine pendante.

Le plaisir du feuilleton

Publiée en 2005, la première histoire d'Un monde de cochons dénonçait déjà le harcèlement dont sont victimes certains enfants à l'école. Si les têtes de Turc, comme on dit, de cochon ou de loup, selon la lecture qu'on en fait, existent depuis la nuit des temps, le phénomène a pris une véritable ampleur depuis quelques années. C'est entre autres de cela dont parlait, avant l'heure, Mario Ramos dans ces histoires plus longues, plus écrites, plus engagées que la majorité de ses albums même si l'on sait que chacun de ses récits proposait plusieurs interprétations, dénonçant le monde et la façon dont il ne tourne pas rond.

Pour réaliser cette série, dont chaque histoire serait autonome, il voulait renouer avec le plaisir de la lecture en feuilleton. "Lorsque j'étais petit, pendant les vacances, ma grand-mère me lisait chaque jour un chapitre de livre et j'adorais cela !", confiait-il.

Un plaisir que les lecteurs retrouveront avec Le trésor de Louis qui complète Un monde de cochons et L'école est en feu dans un recueil relié de très belle facture : papier épais, typographie attirante pour les enfants et illustrations déployées sur de pleines pages afin de mieux savourer le mouvement et l'humanité dont Mario Ramos dotait chacun de ses personnages.

Les illustrations du Trésor de Louis, à l'état d'ébauche, sont, elles, en noir et blanc, à l'image des recherches pour La pirate. "J'aime travailler en noir et blanc pour ne pas me perdre dans le détail, comme un musicien qui compose sur une guitare sèche", peut-on lire en exergue de ses notes et croquis.

Le trésor inédit de Mario Ramos
©mario ramos

Complicité

Dans Le trésor de Louis, on retrouve la belle complicité entre Louis, le seul loup de la classe, qui a souffert d'exclusion et d'injustes accusations dans les épisodes précédents, et Fanfan, le cochon intrépide qui fait de plus en plus preuve de solidarité envers son ami.

Le trésor inédit de Mario Ramos
©mario ramos

Huit chapitres courts emmènent les deux larrons sur la voie des pirates, puis à la recherche d'un vrai trésor. Avec plusieurs rebondissements, de délicieuses scènes de cape et d'épée et, toujours en filigrane, une ode à l'apprentissage de la lecture. Dans la foulée, inachevée, La Pirate raconte l'histoire d'une rare fille pirate qui se serait appelée Tania, comme l'enfant très aimée de l'artiste. Et le recueil s'achève par une phrase presque prémonitoire écrite de sa main, comme on rédige un testament : "Je ne sais pas tout non plus. Tu découvriras par toi-même. Tu as encore beaucoup de choses à apprendre. Les livres sont faits pour ça. FIN"

Le trésor inédit de Mario Ramos
©mario ramos

★★★★ Un monde de cochons. La totale Recueil De Mario Ramos, Pastel, 169 pp. Prix 20 €. Dès 7 ans.