La Contessa di Castiglione, si belle mais aussi espionne politique

Benedetta Craveri révèle pourquoi "la" Castiglione devint la maîtresse de Napoléon III.

La Contessa di Castiglione, si belle mais aussi espionne politique
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Quelle femme, la comtesse Castiglione qui fut tour à tour la maîtresse du roi Victor-Emmanuel II et de l'empereur Napoléon III ! Pour nous introduire dans les méandres de la politique italienne de l'époque comme dans la tête et le cœur d'une femme qui fit de son sexe l'instrument de son pouvoir sur les hommes, Benedetta Craveri, professeur de littérature française à l'université de Milan, déploie l'art de conteuse qu'elle nous avait révélé dans Madame du Deffand et son monde (1986) et L'Âge de la conversation (2002), mais aussi un rare talent d'exploratrice des archives secrètes italiennes et françaises.

Du roi à l’empereur

Née en 1837 dans une vieille famille aristocratique de Florence, Virginia Oldoini épousa à 17 ans le comte Francisco de Castiglione alors âgé de 34 ans et veuf d’un premier mariage. Un an plus tard, elle donna le jour à un fils, Giorgio. Trois mois plus tard, elle prit son premier amant, tandis que son mari découvrait sa volonté implacable et son plaisir de l’humilier par son indifférence.

Son ensorcelante beauté lui valut bientôt une réputation qui attira sur elle l’attention du roi du Piémont à qui elle céda volontiers. Comme elle partait s’établir pour un temps à Paris, il lui demanda en accord avec son Premier ministre Cavour, cousin de la jeune femme, de mettre son intelligence et ses charmes au service de son pays. Ce qu’elle fit : c’est dans ses bras que l’empereur des Français décida de soutenir la cause de l’Italie dans son affrontement avec le gouvernement de Vienne.

Éblouissant Paris par sa beauté et ses toilettes qu’elle concevait elle-même (la haute couture n’existait pas encore), la comtesse de Castiglione fut dès lors l’attraction des plus belles fêtes du Second Empire et… une espionne au service de son pays. Son mari, exaspéré, finit par demander le divorce, ce qui entraîna entre eux des années de disputes pour des questions d’argent et à propos de leur petit garçon. Devenu secrétaire du roi, Francisco mourra dans un accident de voiture en 1867. Quant à Giorgio, maltraité par une mère tyrannique et possessive, il finit par se rebeller à 17 ans, entama des études, passa le concours diplomatique mais mourut de la variole en 1879, à 24 ans.

Confiance inaltérable

Virginia, de son côté, multiplia les amants tantôt par intérêt (notamment des banquiers), tantôt par caprice ou sentiment. Animée d'une confiance inaltérable dans sa beauté et sa supériorité intellectuelle, explique Benedetta Craveri, elle voulait être libre de donner à sa vie la forme qui lui convenait. Le sexe était pour elle un instrument comme un autre pour atteindre ses objectifs. À un de ses amants, elle écrivit : "Je ne crois pas à l'amour, c'est une maladie qui s'en va comme elle vient, peu à peu, ou comme une fièvre intermittente (…), il ne faut pas vouloir plus, ni rien espérer au-delà (...), prenez-moi aujourd'hui, ne comptez pas m'avoir demain".

Les années passant, sa beauté déclinant, bénéficiant de deux pensions pour services rendus - du roi d’Italie et d’un Rotschild -, la comtesse s’installa en 1878 dans un entresol de la place Vendôme. Elle fit tapisser meubles et murs de noir, toute en constellant ceux-ci de photographies de sa beauté, de ses toilettes, de ses triomphes passés.

Son entresol était aussi le coffre-fort où elle conservait lettres, télégrammes, dépêches, codes secrets, chiffres. Si bien qu’à sa mort, le 29 novembre 1899, l’ambassade d’Italie dépêcha un attaché mettre les scellés sur les documents qu’elle conservait, ou les détruire, afin d’éliminer toute trace de son rôle dans l’histoire du Risorgimento.

Une biographie en images

Restent quelque 400 photos dont elle avait réglé les thèmes, les habillements, les attitudes, dont les dernières datent de 1893-1895. Cette "biographie en images" a fait, ces dernières années, l'objet d'expositions à Paris (musée d'Orsay), New York (Metropolitan Museum), Turin (Palais Cavour). Elles illustrent éloquemment la vie d'une femme qui se voulait libre dans un monde d'hommes, et aimait dire : "Moi, c'est moi".

  • Benedetta Craveri | La Contessa | Biographie | Traduit de l'italien par Dominique Vottoz, Flammarion 542 pp. Prix 26 €, version numérique 18 €
La Contessa di Castiglione, si belle mais aussi espionne politique
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