Les désirs secrets d’Olivier Tallec

D’album en arbre, l’écureuil cherche son identité au cœur d’histoires animales aux couleurs automnales

Les désirs secrets d’Olivier Tallec
©DR

Chaleureux et flamboyants comme le camaïeu d'oranges qui drape nos forêts de leurs plus belles parures, les albums aux couleurs d'automne ouvrent souvent leurs pages les plus douillettes, celles au creux desquelles on rêve de se blottir, en compagnie, par exemple, des animaux d'Anne Brouillard. Il émane de ses histoires, toujours si proches de l'enfance, et de son incroyable palette de couleurs, un tel parfum de tendresse qu'on y plonge chaque fois les yeux fermés, avant de se laisser prendre par la main, comme l'ourson Nino.

Tombé de la poussette de Simon, seul, assis sur le sol moelleux de feuilles mortes, l’ours en peluche accepte volontiers l’invitation de Lapin à prendre le thé dans son terrier. Écureuil se joint à eux et savoure sa part de tarte aux carottes. Puis Nino continue à suivre ses amis aux allures très humaines mais finit par se perdre avant que le renard l’emmène pour un mystérieux tour en forêt.

D’une grande délicatesse, cette fable automnale, entre aventure et réconfort, est à glisser entre toutes les menottes, tant pour le vrai récit qu’elle propose, à la manière du grand Arnold Lobel, que pour la beauté et la poésie des illustrations, teintées de lumière et de notes inattendues. Encore un coup de cœur pour cette merveilleuse autrice illustratrice qui contribue considérablement à la renommée internationale de notre littérature jeunesse.

J’aurais voulu

Les désirs secrets d’Olivier Tallec
©olivier tallec

De vraies couleurs d'automne et une belle queue d'écureuil en panache également chez le Breton Olivier Tallec, autre grand nom de la littérature jeunesse, qui nous revient avec l'écureuil, son nouvel animal fétiche, voire son double comme il nous le révèlera.

Après C'est mon arbre et Un peu beaucoup (Pastel, 2019 et 2020), le troisième opus de la série, J'aurais voulu, en dit long sur l'insatisfaction de l'animal, à moins qu'il ne s'agisse de celle des enfants, et surtout sur sa quête identitaire.

"Dans C'est mon arbre, j'ai développé un sens de la propriété assez prononcé. Dans J'aurais voulu, je m'interroge plus sur la construction identitaire et comme le livre est écrit à la première personne, il permet une plus grande identification. Je voulais une transformation physique progressive et cette recherche d'identité se fait par étapes pour arriver finalement à un animal assez chimérique et à cette fin ouverte comme je les aime", nous dit l'artiste lors de son passage éclair à Bruxelles.

L’écureuil se mire dans l’étang et n’aime pas son reflet. S’il avait pu, il aurait choisi d’être castor car, c’est bien connu, les castors font des grandes choses, comme des barrages, et travaillent ensemble à construire un monde meilleur. Mais la vie de ce rongeur se révèle tout de même fatigante. Tandis qu’un cerf… C’est magnifique, noble… Et voici notre ami doté de magnifiques bois, jusqu’à ce qu’il déchante à nouveau…

Un écureuil pas très sympathique

Illustrateur de presse, arrivé en jeunesse à la demande d'un éditeur et fasciné par l'univers qu'il découvre, Olivier Tallec signe des albums très différents qu'il s'agisse de la série Rita et Machin avec Jean-Philippe Arrau-Vignod (Gallimard), de la joyeuse bande des Qui quoi (Actes Sud), de Jérôme par cœur (Actes Sud, 2009) qui aborde, avec Thomas Scotto, la question de l'homosexualité chez les enfants ou de l'irrésistible J'en rêvais depuis longtemps (Actes Sud, 2018). Chaque fois, l'auteur surprend et creuse, au sein de sa diversité, certains personnages, tel cet écureuil graphique à souhait, aux traits anguleux, car il ne faut pas, selon lui, donner trop de rondeur aux enfants.

"Je n'avais pas prévu une série au départ. A priori, mon personnage n'est pas forcément sympathique. Il a plein de défauts. Il est égoïste, anxieux, vaniteux, veut ce qu'il n'a pas et, en même temps, il est attachant. Je lui ai même découvert de l'empathie. Il fait désormais partie de ma famille et me ressemble bien sûr sous certains aspects. Je voudrais permet un rapport plus intime avec lui. Je ne sais pas encore comment il va évoluer. Il va peut-être avoir besoin d'une relation plus frontale", envisage Olivier Tallec qui, pour sa part, aurait voulu être chanteur, ethnologue ou anthropologue. En attendant, les enfants, eux, se réjouissent de son choix final.

★★★ Nino Album De Anne Brouillard, Les éditions des éléphants, 34 pp. Prix 13,50 €. Dès 5 ans.

★★★ J’aurais voulu Album De Olivier Tallec, Pastel, 32 pp. Prix 13 €. Dès 4 ans.

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