Les éditions Dupuis suspendent la pré-publication du nouveau Gaston Lagaffe

La justice examinait ce lundi le conflit qui oppose les éditions Dupuis à la fille du dessinateur Franquin.

La Rédaction avec BELGA
Les éditions Dupuis suspendent la pré-publication du nouveau Gaston Lagaffe
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Les éditions Dupuis ont confirmé lundi au cours d'une audience en référés devant le tribunal de première instance de Bruxelles qu'elles interrompaient la prépublication des gags du dernier album de Gaston Lagaffe. Elles avaient annoncé en mars dernier avoir confié la poursuite de cette série chère à Franquin au Canadien Delaf (Marc Delafontaine de son vrai nom). Isabelle Franquin, la fille du créateur du héros débonnaire, considérait ce projet comme "illégal" et avait exigé la "suspension, urgente et provisoire, de toute prépublication, promotion ou diffusion des nouveaux gags". "Les éditions Dupuis ont spontanément pris la décision de suspendre le lancement du nouvel album afin de permettre un débat serein et objectif, en attendant la décision judiciaire sur le fond qui interviendra en septembre", expliquent les éditions dans un communiqué.

La maison carolo, aujourd'hui aux mains du géant français de l'édition Media-Participations, ne désespère cependant pas de faire sortir la nouvelle mouture de Gaston Lagaffe. "Les prochaines semaines permettront de démontrer le bon droit des éditions Dupuis, et de trouver une solution qui permette à l'oeuvre de Franquin de continuer à vivre pour pérenniser l'héritage de ce génie de la bande dessinée."

Après l'annonce au festival de la bande dessinée d'Angoulême que Gaston Lagaffe allait faire son retour après 30 ans d'absence, l'hebdomadaire Spirou daté du 6 avril avait publié en dernière page une planche avec le scénario et le dessin de Delaf. Spirou promettait alors "une gaffe par semaine" sur sa une, mais la maison d'édition est ensuite revenue sur sa décision.

Seule héritière et ayant droit d'André Franquin, sa fille Isabelle indique que son père, décédé en 1997, avait déclaré ne pas souhaiter la reprise de son héros après sa mort. D'autres auteurs et journalistes ayant connu le créateur de Gaston et s'étant entretenu avec lui ont confirmé que l'artiste ne tenait pas à voir son héros lui survivre.

Alain Berenboom, avocat qui défend les intérêts de la maison Dupuis et spécialiste des droits intellectuels, rappelle, lui, qu'André Franquin a vendu les droits du Marsupilami et de Gaston Lagaffe à la société Marsu Productions qui a ensuite été rachetée par Dupuis. "Franquin a expressément cédé les droits du Marsupilami d'abord, en 1986, ensuite de Gaston, à Marsu. Non seulement, il a vendu les oeuvres existantes, mais il a aussi vendu le droit pour son nouvel éditeur de dessiner Gaston. Il lui cède le personnage et lui donne le droit de le faire adapter moyennant deux réserves de droit moral". Son héritière pourrait s'opposer au projet pour des raisons éthiques ou artistiques, conditions qui ne sont pas rencontrées dans la version de Delaf, avait expliqué l'avocat fin mars sur le plateau de Déclic (RTBF).