L'avortement au coeur du nouveau roman de Douglas Kennedy, vibrant d’actualité

Le plus européen des écrivains américains signe la chronique d’une Amérique en crise où le droit à l’avortement est menacé.

L'avortement au coeur du nouveau roman de Douglas Kennedy, vibrant d’actualité
©DR

Meurtri, comme il nous le confiait durant le confinement, par la prise d'assaut du Capitole, de plus en plus réaliste face aux dérives de son pays, Douglas Kennedy (New York, 1955), vivant entre les États-Unis, le Canada et la France, signe avec Les hommes ont peur de la lumière la chronique d'une Amérique en crise vibrante d'actualité où s'entre-déchirent, voire s'entre-tuent, les défenseurs de l'avortement et les militants "pro-vie", ces derniers mettant tout en œuvre pour rejeter l'arrêt Roe v. Wade (1973), qui considère que le droit d'une femme à l'avortement concerne le droit à la vie privée protégé par le IVe amendement. Mais, la Cour suprême des États-Unis est sur le point d'annuler cet arrêt historique, selon un projet de décision qui a fuité, faisant l'effet d'une bombe à Washington et provoquant, en mai dernier, une manifestation de grande ampleur devant cette institution.

Du port des armes à la corruption

Observateur attentif de la politique de son pays, Kennedy a senti souffler le vent républicain et s’en est inspiré pour un roman noir dont le principal mérite est de dénoncer les dérives de certains mouvements ultra-conservateurs par le biais d’histoires personnelles qui permettent de vivre de l’intérieur le drame d’une jeune fille enceinte après des viols à répétition.

Ne craignant ni de frôler la caricature, ni de multiplier les rebondissements, l'auteur de La Poursuite du bonheur (Belfond, 2001) sait où il va et construit son thriller sur de solides fondations, démontrant à quel point tout est envisageable au pays de l'Oncle Sam. Outre la question de l'avortement, celles du port des armes, de l'identité sexuelle, de la corruption, du pouvoir de l'Église, du harcèlement ou encore de l'ubérisation de la société traversent ces quelque deux cent cinquante pages qui se lisent aisément.

Comme dans la majeure partie de ses récits, de l'Homme qui voulait vivre sa vie à Cinq jours (Belfond, 1998 et 2013), la trame repose sur un changement radical de direction, un désir profond de rupture de vie, d'effacement du passé et de renouvellement.

Conducteur Uber d’une Prius vieille de huit ans à Los Angeles, ville tentaculaire et perpétuellement embouteillée, Brendan, ancien représentant en surpoids, étriqué dans un mariage dévasté par un drame, tente de joindre les deux bouts et de répondre aux exigences de la société pour laquelle il travaille.

Maltraité par la plupart des clients qui, téléphone vissé à l’oreille, le considèrent à peine comme un être humain, il rencontre malgré tout une ancienne avocate qu’il conduit devant une clinique qui pratique l’avortement. Une bombe explose, au moment où il la dépose, et bouleverse son destin. Pris entre deux feux et deux femmes, le banlieusard désabusé voit sonner l’heure des choix.

  • ★ ★ Les hommes ont peur de la lumière | Douglas Kennedy, traduit de l'anglais (États-Unis) par Chloé Royer | Roman | Belfond, 264 pp. Prix 15 €