Le plus grand auteur espagnol du XIXe siècle

Deux romans permettent de découvrir l’écrivain méconnu Benito Pérez Galdós.

Le plus grand auteur espagnol du XIXe siècle
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La publication d'un volume réunissant deux romans de Benito Pérez Galdós. offre une belle occasion de découvrir un écrivain espagnol par trop inconnu voire méconnu hors de l'univers culturel hispanique. Or, le grand écrivain Mario Vargas Llosa le tient pour le meilleur écrivain espagnol du XIXe siècle : "Il fit ce que Balzac, Dickens et Zola, pour lesquels il éprouva toujours de l'admiration, firent dans leurs pays respectifs : raconter en romans l'histoire et la société de son pays […] sans parti pris idéologique, en essayant de faire la différence entre le tolérable et l'intolérable, le fanatisme et l'idéalisme, la générosité et la mesquinerie, même chez ses adversaires".

Qui donc était Galdós ?

Qui donc était Galdós ? Né le 10 mai 1843 à Las Palmas de Gran Canaria, il était le dixième enfant du chef militaire de l’île, le lieutenant-colonel Sebastian Pérez, et d’une femme de caractère, dona Maria de Los Dolores de Galdós, qui portait, disent certains, la culotte à la maison. Dès ses années de collège, le jeune garçon manifesta son esprit critique, son humour et ses ambitions d’écriture. Comme il était tombé amoureux d’une cousine, sa mère l’envoya, à 19 ans, faire des études de droit à Madrid. Mais attiré par le journalisme et la vie de bohème, il y fréquenta moins les cours que les cafés où se retrouvaient peintres, journalistes, artistes, hommes politiques, etc.

L’aisance financière de sa famille, plus tard son abondante production littéraire (une centaine de romans, trente pièces de théâtre, d’innombrables articles dans les journaux) lui permirent de se consacrer exclusivement à l’écriture. En 1897, il fut élu à l’Académie royale espagnole. En 1907, il fut élu député républicain aux Cortès, et réélu par la suite. Devenu aveugle en 1912, il dut dicter ses derniers livres. Il mourut le 4 janvier 1920, à Madrid. Sa statue se dresse dans un parc de la capitale espagnole.

L’observation du réel

Galdós axa son discours de réception à l'Académie sur "la société contemporaine comme matière romanesque". Ce thème a constitué, de fait, la source majeure d'une production littéraire qui le fait considérer par beaucoup comme "l'autre plus grand narrateur espagnol de tous les temps", après Cervantes. Son domaine de prédilection était les classes moyennes avec leurs deux obsessions : le snobisme et la peur de manquer. Les ambitions, drames, jalousies, lâchetés qu'ils engendrent inspirent à l'écrivain autant de réalisme que d'ironie. L'observation du réel, qu'il plaçait au-dessus de l'imagination des romantiques, fondait, en effet, son esthétique. II l'appliquait aussi bien à l'aspect physique de ses personnages qu'à leur langage - ce qui fit d'ailleurs de lui un brillant dialoguiste de théâtre. Signalons encore que le célèbre cinéaste Luis Buñuel (1900-1983) a adapté trois de ses romans au cinéma : Nazarin (1959), Viridiana (1961) et Tristana (1970).

Les romans de l’interdit

Intitulé Les romans de l'interdit, le présent volume réunit deux ouvrages qui s'enchaînent. Dans Tormento, la famille Bringas emménage au Palais royal, l'officier don Francisco ayant été affecté au service de la Cour. Son épouse Rosalia traite comme une servante une orpheline pauvre mais extrêmement belle, destinée, semble-t-il, au couvent. Survient Agustin Caballero, un cousin richissime de Rosalia, qui s'éprend de la petite Cendrillon au grand scandale de Rosalia. La rumeur se répand que la jeune fille a "fauté" avec un prêtre ! Agustin, ne pouvant l'épouser pour l'honneur de la famille, mais toujours amoureux, fera d'elle sa maîtresse. Dans Madame Bringas, nous retrouvons Rosalia. Elle éprouve une inclination croissante pour Pérez, un aristocrate élégant et délicat. Mais elle est mariée… Dans les deux cas, les interdits de la société et de l'Église engendrent des "secrets de famille" qui font le bonheur du romancier.

  • ★ ★ ★ ★ Benito Pérez Galdós | Les Romans de l'interdit | Romans | traduit de l'espagnol par Sadi Lakhdari et Pierre Guénon | Ed. Le Cherche Midi, 766 pp. Prix 23 €, version numérique 15 €