Horace Finaly, ami de lycée de Proust

Devenu banquier, il restera lié au romancier, révèlent des lettres retrouvées l’an dernier.

Horace Finaly, ami de lycée de Proust

En classe de rhétorique au lycée Condorcet (1887-1888), Marcel Proust se lia d’amitié avec un condisciple juif né à Budapest dans une famille originaire d’Ukraine, qui s’était installée à Paris en 1880, Horace Finaly. En septembre 1889, il fut même invité à passer quelques jours de vacances ave lui à Ostende, villa Germania, 2, rue Royale, où se retrouvaient l’été les membres de la famille venus de Florence (où vivait le patriarche Horace de Landau, célèbre banquier et collectionneur), à Budapest, à Vienne, à Paris. La langue commune était l’allemand.

Avec quelques camarades parmi lesquels Jacques Bizet, le fils du compositeur de Carmen, et Daniel Halévy, le fils du librettiste de La Belle Hélène d'Offenbach, les deux garçons fondèrent une revue, Le banquet, qui comptera huit numéros, à laquelle collaborera Léon Blum, le futur Premier ministre du Front populaire, dans laquelle Proust publiera des textes qu'il reprendra en 1896 dans Les Plaisirs et les jours, et Finaly… quatre sonnets !

À la Banque de Paris et des Pays-Bas

Vers 1900, les rapports entre les deux amis s'espacèrent. Proust se voua de plus en plus à la littérature et à… la vie mondaine. Finaly, fils de banquier, se lança dans la voie de son père, jusqu'à devenir en 1920 le directeur-général de la Banque de Paris et des Pays-Bas. "Négociateur redoutable doté d'une force de travail inépuisable et d'une mémoire prodigieuse", rappelle Jacques Letertre dans l'avant-propos du présent ouvrage, Horace Finaly soutiendra le Cartel des gauches en 1924 et le gouvernement de Front populaire en 1936, en orchestrant la politique budgétaire ou en relançant l'appareil industriel.

Son rôle politique en tant que conseiller officieux de gouvernements de gauche et, en particulier, de Léon Blum, lui valut d’être l’objet de campagnes antisémites de dénigrement orchestrées par des ligues d’extrême droite. Elles aboutirent en 1937 à sa démission du poste de directeur de la Banque. En août 1940, il réussit à quitter l’Europe par un vol pour New York. Dans la solitude de son appartement sur Park Avenue, il y mourut, le 19 mai 1945.

Se débarrasser d’un protégé

Revenons en arrière. En 1913, Proust n'a plus vu Finaly "depuis tant d'années", écrit-il, mais "il l'aime toujours autant que quand ils étaient en classe ensemble". Ils conservaient toutefois des contacts épisodiques. Proust lui dédicace Du côté de chez Swann et À l'ombre des jeunes filles en fleurs. Finaly le félicite en 1920 pour sa Légion d'honneur (que Proust reçut en même temps que la romancière Colette et la poétesse Anna de Noailles). Cette même année, débutent les Lettres à Horace Finaly retrouvées l'an dernier et qui viennent de paraître dans une édition établie, présentée et annotée par Thierry Laget.

En 1918, Proust a recueilli un jeune Suisse du canton de Vaud, Henri Rochat, serveur à l'Hôtel Ritz où l'écrivain avait ses habitudes. Il en fit son secrétaire et le logea chez lui. Mais il dut bientôt constater que son protégé aimé (il est un des modèles d'Albertine) ne possède ni l'orthographe ni la belle écriture souhaitables. En outre, il lui coûte une fortune ! Bref, Proust se décrit "embarqué dans des choses sentimentales sans issue, sans joie et créatrice perpétuellement de fatigue, de souffrances, de dépenses absurdes" (février 1922).

Bref, l’écrivain cherche à se débarrasser de son protégé. Et s’adresse à cet effet à son vieux camarade : la Banque de Paris et des Pays-Bas ne pourrait-elle l’engager et l’envoyer aux antipodes ? Finaly, bien que surchargé de travail, va s’évertuer formidablement à faire plaisir à son ami de jeunesse. Finalement, il trouve une solution : Rochat est engagé par une banque de Recife au Brésil ! Il n’y reste toutefois pas longtemps. Après quelques mois, il gagne Parnaíba, où il meurt d’une attaque de fièvre en 1923. Proust, lui, était mort, le 18 novembre 1922.

  • ★ ★ ★ Marcel Proust | Lettres à Horace Finaly | Correspondance | Edition établie par Thierry Laget, Gallimard, 132 pp. Prix 16 €