Une méga-chronique sur la vie de Brel : "Je veux livrer ma vision sur sa vie et son œuvre à travers mes souvenirs"

France Brel démarre avec une immersion dans la jeunesse de son père.

Une méga-chronique sur la vie de Brel : "Je veux livrer ma vision sur sa vie et son œuvre à travers mes souvenirs"

Nul besoin de rappeler combien depuis 40 ans, France Brel fait un travail de mémoire unique sur son géniteur à travers sa fondation. Une action au long cours récompensée par l’octroi d’une Muse de la Sabam. Alors qu’elle travaille sur la suite de la trilogie cinématographique qui montre que l’amour filial n’empêche nullement un regard objectif et critique sur le chanteur qui comme époux et père ne fut pas toujours un modèle, voilà que sa fille a entamé la publication d’une chronique qui fera date.

L'objectif ? "Avant de quitter cette terre, je veux livrer ma vision sur sa vie et son œuvre à travers mes souvenirs et le fruit de toutes les recherches menées depuis son décès..." Une opération de longue haleine… dont l'initiatrice ignore le nombre de tomes à venir ! Son fil rouge ? "Son œuvre est traversée, marquée par divers événements, courants à la fois sociétaux, personnels, familiaux, intimes… Derrière chaque chanson se nichent des allusions, des souvenirs qui montrent qu'il fut très marqué par son époque." L'occasion aussi de remettre nombre de pendules à l'heure. Un exemple ? Brel, anti-Flamand ? Non, même s'il a dit "emmerder" les flamingants dans son dernier album, il n'était pas anti-Flamand. Car, au diapason d'un Verhaeren, par exemple, il l'était aussi de par ses origines : les Brel étaient originaires de Zandvoorde près d'Ypres où on les retrouva très actifs dans la vie quotidienne, communale…

Peu scolaire, tellement artiste

France Brel s’est donc penchée sur les origines de sa famille, de ses parents Romain et Lisette avant de les resituer aux côtés de Jacky, des années folles et de sa naissance en 1929 jusqu’à l’après-guerre où le jeune homme finit par trouver un certain équilibre et une écoute réelle au sein de la Franche Cordée. Et ce, après un parcours scolaire mitigé qui se termina par un renvoi, mais aussi prometteur sur les planches et dans ses premiers écrits.

Une superbe immersion dans une famille très bruxelloise après un passage positif par le Congo, mais à qui la crise économique et financière imposa de se recentrer dans la cartonnerie familiale pour assurer l’avenir de leurs fils Pierre et Jacky…

France Brel va bien au-delà d’une biographie, car la saga familiale qu’elle dépiaute au scalpel se double de références à la vie politique et culturelle de la Belgique, du monde.

Puis l’auteure épluche les influences diverses qui ont marqué l’homme et l’artiste. De sa passion de jeunesse pour Beethoven à celle pour le cinéma devant et puis sur le grand écran pour ne citer qu’elles. Une véritable introspection mais nullement une biographie définitive. On sent aussi chez elle un brin de rébellion très… brélienne contre le "politiquement correct" contemporain…

La richesse du travail de Jacky est qu'on y retrouve des citations de chansons au cœur même du texte et un esprit très bruxellois (par le vocabulaire et l'ambiance). Originale aussi mise en perspective sur ce que vivaient en même temps moult hommes et femmes qui joueront un rôle plus tard dans la vie de Brel, comme Georges Pasquier (Jojo), Barbara, Patachou, Brassens, etc.

Jacky, Jacques Brel, chronique d’une vie (I), Essai de France Brel, Fondation Jacques Brel, 341 pp, Prix 29 €. Le livre déjà disponible à la Fondation (www.fondationbrel.be) arrivera en librairie le 25 août.

Parmi les "plus" de l’été à la Fondation, signalons "Les séances avec France" les 15 juillet et 8 août (11 h et 15 h) où elle commentera "Les Adieux à L’Olympia" et le film "J’arrive".