Les Stones revus par Liberati

Dans "Performance", fiévreux roman de l’émouvant auteur de "Eva".

Les Stones revus par Liberati
©afp

Treizième livre du très lettré Simon Liberati (depuis Anthologie des apparitions, chez Flammarion en 2004), Performance a pour titre celui du film de Donald Cammell et Nicolas Roeg, de 1970, interprété par Mick Jagger et Anita Pallenberg, où l'on voit un gangster en cavale s'introduire chez une ex-rock-star.

Mick Jagger qu'on retrouve dès la première page de ce roman, via le rappel de l'irruption de dix-huit policiers dans une maison de campagne du Sussex, au soir du 12 février 1967. Le chanteur des Rolling Stones (groupe fondé à Londres en 1962) y était présent avec quelques proches, dont Keith Richards et une Marianne Faithfull de 20 ans, nue sous de la fourrure. Il sera saisi là "quelques cachets d'amphétamine, un peu de haschisch et une tablette d'héroïne."

S’ensuivra un retentissant procès en juin 67.

Majestés Sataniques

Performance a pour narrateur un écrivain septuagénaire, naguère victime d'un accident vasculaire cérébral, à qui une société française de production propose de forger le scénario d'une série télévisée, Les Majestés Sataniques, qui parlerait des Stones entre l'arrestation en 67 pour détention de stupéfiants et la noyade, en 1969 à 27 ans, de leur guitariste et multi-instrumentiste Brian Jones. Le narrateur évoque par ailleurs sa passion pour une Esther d'un demi-siècle plus jeune que lui, à la beauté du diable, dont les yeux "brillaient comme ceux d'une idole de Félicien Rops."

Ce roman constellé de références (personnalités, films ou livres) est régi par la plume sûre de l'écrivain, journaliste et peintre, né à Paris le 12 mai 1960, que le prix Femina couronna en 2011 pour Jayne Mansfield, 1967 qui conte la fin tragique de la "blonde explosive". On se souvient surtout du succès obtenu en 2015 par ce singulier moraliste pour Eva, bouleversant portrait de la fille de la photographe érotique Irina Ionesco qui vient de mourir, le 25 juillet 2022, à 91 ans.

Au bord des gouffres

Dans Performance, le ténébreux et baudelairien Simon Liberati ("chroniqueur lucide de la débauche", ainsi qu'il se présente dans l'autobiographique Liberty) convoque des personnages qui passent beaucoup de leur temps à dériver, se défoncer, s'incendier l'âme par l'alcool et les paradis artificiels, familiers des gouffres au bord desquels ils dansent.

Dans le précité Liberty, paru chez Séguier en 2021, Liberati l'avoue : "Pour avoir une vie amusante, je veux dire amusante à raconter, il faut renoncer à l'espoir d'une vie heureuse."

À l'issue de la lecture du nouveau peu attachant roman de l'auteur des Rameaux noirs et des Démons (Stock, 2017 et 2020), peut-être éprouverez-vous l'envie de respirer un brin d'air frais. Un luxe, par ces temps-ci.

  • ★ ★ Simon Liberati | Performance | Roman | Grasset, 248 pp., 20 €, version numérique 15 €

EXTRAIT

"J’ai toujours écrit sans penser au livre et encore moins aux lecteurs, mais à la recherche d’une vérité. Je n’arrivais pas à aimer sans penser à la fin, la vérité était que je n’avais jamais aimé autant au point de sentir mon sang circuler dans mon corps. Un animal traqué."