Joan Misser, compagnon du XXe siècle

Retour sur la vie de Joan Misser, dont le parcours est notamment retracé dans le livre "Joan Misser, un combat pour la paix et l’œcuménisme".

Joan Misser, compagnon du XXe siècle
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"Je me souviens de sa première entrée dans la salle de cours. [C'était] un petit homme vif qui avait jeté son cartable sur la table avec une énergie surprenante et surtout un regard qui n'en finissait pas de sourire."

Ces quelques mots, qui entament la préface de la biographie consacrée à Joan Misser, sont de la journaliste Catherine Abet qui eut le "privilège" d'apprendre l'espagnol avec ce dernier, alors professeur à l'École supérieure de journalisme de Lille.

"Petit homme vif", armé d'une foi profonde et d'une culture solide, Joan Misser est de ces hommes qui ont croisé tous les grands enjeux de leur siècle, et qui les ont transcrits au fil de livres et d'articles.

Alors qu’il aura dû quitter l’école à 15 ans, Joan Misser a en effet consacré sa vie à la réflexion et à l’engagement philosophique et politique. Il en reçut le prix Jean XXIII pour la Paix en 2003.

Né en 1921 en Catalogne, Joan Misser vécut adolescent la guerre d'Espagne puis traversa le franquisme. Il accompagna la reconstruction de l'Europe, avant de mourir "en 2015, juste après l'attentat contre Charlie Hebdo et avant les élections d'octobre 2015 du Parlement de Catalogne", note son fils, le journaliste François Misser, qui lui consacre l'ouvrage intitulé Joan Misser, un combat pour la paix et l'œcuménisme.

À travers les engagements paternels, ce récit a le mérite de dévoiler les enjeux d'une époque dont nous sommes les héritiers. Car cet ouvrage est l'histoire d'un enfant qui dut tracer sa route dans une Espagne tiraillée par les extrêmes (François Misser nous plonge avec beaucoup de nuances dans le Barcelone d'alors). C'est le récit d'une famille catholique qui chercha à échapper au désir de vengeance ; l'histoire d'un pays, blessé par la guerre civile, et celle de la Catalogne à laquelle Joan Misser accorda de très nombreux écrits, lui qui la rêvait "libre, ouverte et généreuse". C'est aussi l'épopée d'un Continent marqué par les guerres, les décolonisations, la migration puis les défis écologiques. C'est enfin l'aventure de l'Église à laquelle Joan Misser - dans le sillage de Vatican II - accorda une énergie importante (il participera, entre autres, à la fondation du mouvement Pax Christi).

Le fil rouge de sa vie fut l’engagement pour la paix et la justice, note aujourd’hui son fils. Ses combats et écrits (sur l’Union européenne, l’instrumentalisation du christianisme par l’extrême droite…) répondent encore aux enjeux du jour.

Face aux défis climatiques, citons un seul extrait, rédigé par Joan Misser trois ans avant sa mort : "Nous sommes convaincus que nous assistons à la fin d'une époque, peut-être d'un âge comme la fin de l'empire romain. Tous les efforts que l'on fait pour conserver le système, même quand on prétend 'l'humaniser', l'adoucir, nous semblent des cataplasmes. Nous devons corriger complètement notre vision du monde. [La grande menace climatique] dénonce notre façon de vivre à laquelle il faut imposer une mesure raisonnable. Il faut nous imposer une ligne de démarcation entre le nécessaire et le superflu."

À lire : "Joan Misser, un combat pour la paix et l’œcuménisme" (Vérone éditions, 2022, 256 pp., 22 €)

Joan Misser, compagnon du XXe siècle
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