A l’ombre

Laurence Bertels Publié le - Mis à jour le

Livres - BD

A l’ombre de la nuit, des peurs et des livres, rien de tel que les histoires à lire dans le noir. En compagnie, par exemple, du petit fantôme d’Alex Sanders qui s’appelle Guillaume et habite dans un château abandonné. Comme le confirme le premier rabat derrière lequel se cache le fantôme en question. Un fantôme qui a la vie dure. Dès que minuit sonne, Hamlet le squelette surgit pour lui faire des misères. Arthur l’armure le menace de son épée. Fini de hanter les couloirs du matin au soir en criant "Houhouhou". Pris à son propre piège, Guillaume, heureusement, a plus d’une corde à son arc, tirettes et volets à l’appui. Le voici susceptible de passer d’un mur à l’autre dans un livre très ludique de la nouvelle collection "Minimagics" où l’on risque également de croiser l’une ou l’autre sorcière.

Jeu d’ombres également en compagnie de l’inventif Hervé Tullet, grand ami des tout-petits et souvent passionné par la couleur. Dans le "Jeu d’ombres", l’artiste propose cette fois un livre tout en noir et découpes qui apprend à mieux regarder les créatures cachées dans le buissons, à distinguer les profils dans les feuillus, à entendre les bruits dans le jardin. Intelligent, original et joyeusement tactile.

Le moskito, lui aussi, préfère travailler dans l’ombre. De loin, il repère sa proie. Fenêtre du haut, plan de coupe, façade nord-est et "zzzzz" Le pauvre homme endormi, au cœur d’une chaude nuit d’été, ignore encore tout des dangers qu’il encourt. Le gros orteil de son pied droit se transforme pourtant en cible de prédilection d’un insecte pour le moins obstiné.

Haut comme une bouteille d’insecticide, noir comme la nuit, rouge comme le sang convoité, l’album muet de Hélène Degroote adopte une tonalité BD pour un récit piquant et plein de vivacité qui, peu à peu, nous mène à "L’ombre d’Igor". Une ombre grande, inquiétante, penchée et déterminée. Qu’il aille à la rencontre de ses parents, semble prêt à bondir vers l’aventure, joue une partie de tennis, ou regarde le monde à l’envers, Igor voit son ombre partout, même et surtout quand il croit s’en être complètement débarrassé. Plus affirmée que le timide garçon, celle-ci prend la place qu’on espérait lui avoir retirée. Une belle métaphore imaginée par la jeune auteure-illustratrice qui, ombre à l’appui, explore le rapport au monde et à autrui avec un sens narratif original et intéressant. Même les ombres finissent par se rencontrer à l’arrêt de bus.

Diplômée de l’école des Arts décoratifs de Strasbourg, très réputée, Juliette Binet propose un univers graphique intemporel et géométrique particulièrement intéressant. Et enfin pour passer de l’ombre à la lumière, de la terre à la mer, du noir au bleuté, de la peur à la pureté, surfons sur "La vague" très bretonne de la Coréenne Suzy Lee dont les livres sont publiés dans le monde entier. A juste titre. Entre fusain, acrylique et numérique, "La vague" en effet fascine, emporte, rafraîchit, séduit, submerge et, surtout, convainc. Pas un mot, ici non plus, et pourtant un sens du récit, un amour de la découverte, l’histoire d’une fillette fascinée par la vague inlassablement renouvelée. Les bras et les mouettes dans le dos, face à la vague Les pieds en l’air, dos à la vague, les pieds dans l’eau, au creux de la vague; les mains dans le sable, loin de la vague On est tous passés par là.

Laurence Bertels

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