Le pardessus de Marcel Proust est probablement le plus célèbre de la littérature française. Ce manteau de laine gris tourterelle, croisé, fermé par une double série de trois boutons, à l’intérieur doublé de loutre râpée et mangée par les mites, repose aujourd’hui au milieu de feuilles de papier de soie, au fond d’une grande boîte en carton à l’odeur de naphtaline, entreposée dans la réserve du musée Carnavalet, à Paris.

Cette pelisse que le fameux écrivain n’enlevait même pas lorsqu’il dînait au restaurant du Ritz, celle qu’il étendait sur son lit pour ne pas avoir froid (il ne chauffait pas sa chambre à cause de son asthme) lorsqu’il écrivait "La Recherche", a connu bien des tribulations.

UNE RELIQUE SACRÉE

Jacques Guérin, industriel parfumeur, dandy bibliophile et proustien s’est lié avec le brocanteur chargé de vider l’appartement des Proust. Après avoir "sauvé" le mobilier de la chambre de Marcel -exposé au musée Carnavalet -, il continua à demander, inlassablement, au "broc" s’il ne restait pas un petit quelque chose, jusqu’à l’aveu Le manteau, que Marthe, femme de Robert, frère de Marcel, lui a donné, tient ses pieds au chaud lors de parties de pêche en barque sur la Marne. "Je le veux, même s’il est sale et déchiré!" s’écria le "sauveteur", Jacques Guérin.

A noter qu’en 2000, à sa mort, six ventes chez Sotheby’s ont été nécessaires pour distribuer tous ses trésors - manuscrits, lettres, mobilier, dessins, livres, etc.

SECRETS DE FAMILLE

Outre le portrait d’un collectionneur averti et passionné qui allait jusqu’à parcourir les rubriques nécrologiques des journaux au cas où un connaisseur de Proust serait mort, prêt à soutirer quelques reliques, Lorenza Foschini retrace des éléments de la vie de l’écrivain. Par un objet, comme un coffre empli de trésors, de secrets de famille, de lettres, de photographies, de papiers chiffonnés, elle dévoile certains aspects de la personnalité de Marcel Proust et redessine sa vie.

Avec un talent de conteuse mais avec rigueur, la journaliste raconte pourtant une histoire vraie, celle des blessures de l’auteur d’"A la Recherche du temps perdu".

"L’homosexualité de Proust plane comme un mur invisible mais infranchissable dans cette histoire d’incompréhensions familiales, de silences, de papiers déchirés, de meubles abandonnés."

Quand Marthe, la belle-sœur de Marcel Proust, brûle tout les papiers qu’il a légués, on se rend compte à quel point l’homosexualité de l’écrivain pesait sur la famille comme un déshonneur, mais aussi, comme il est possible de vivre pendant des années aux côtés d’un génie sans s’en apercevoir, ou peut-être, sans vouloir saisir l’importance de l’œuvre, puisqu’elle ne l’a jamais lue.