Livres & BD

Par son écriture classieuse, son imagination généreuse, sa célébration des pouvoirs de la fiction, Agnès Desarthe est un auteur à part. La preuve par "Ce cœur changeant", qui vient de recevoir le prix littéraire du "Monde".

Vous signez une fiction pure, ce qui est plutôt rare dans le paysage littéraire français actuel. Vous qui avez pratiqué d’autres formes d’écriture, quel plaisir particulier vous apporte le romanesque ?

Il est mon penchant naturel. La fiction, voire l’hyperfiction - qui va vers des zones surnaturelles - est ce qui vient quand je ne me force pas. C’est curieux, cette littérature de soi qui, je crois, est une exception française : à l’étranger, ils ne comprennent pas ce qu’on fait. Cela n’a jamais été mon penchant, ni ma pratique. Etant traductrice, je baigne dans la littérature étrangère, et je lis beaucoup plus cette littérature anglo-saxonne pour laquelle la fiction est quelque chose de très précieux. En France, il y a une crise de la fiction : les auteurs veulent faire quelque chose de nouveau, de différent, qui peut correspondre à une crise de confiance, une crise de l’identité française aussi. La France a été un pays très rayonnant, dominateur, y compris d’un point de vue linguistique et littéraire. On en est loin ! Il y a un malaise.

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