L’avocat, né en 1947, est aussi cinéphile, spécialiste du droit d’auteur, professeur à l’ULB, avocat du Roi comme des détenteurs des droits de Tintin. Il y a dix ans, il organisa à l’occasion des 70 ans d’Albert II et des 75 ans de Tintin, un recueil de textes sous le titre de "Drôle de plumes" (aux éditions Moulinsart).

Il a reçu mardi le Prix Rossel pour son très beau et émouvant roman "Monsieur Optimiste".

Alain Berenboom est un écrivain plein de talent et de fantaisie qui a l’art de raconter l’après-guerre avec justesse et drôlerie à travers ses romans du commissaire Michel Van Loo qui décrivaient la collaboration, le Congo colonial ou l’immigration italienne. Mais tout cela n’était sans doute qu’échappatoires pour ne pas aborder le vrai sujet qui l’obsédait : sa propre famille.

Dans "Monsieur Optimiste", il fait justement remarquer qu’enfant, on croit ses parents présents de toute éternité, sans histoire. Adolescent, on n’a de cesse de les quitter. Et quand, grisonnant, on commence à s’interroger sur ses origines, il est trop tard, les parents ont disparu et ne peuvent plus raconter leur parcours. Or, il reste essentiel pour un enfant de savoir : de qui suis-je né ?

Alain Berenboom a attendu de longues années après la mort de son père et de sa mère pour s’atteler à ce très beau récit sur sa famille. Pour cela, il a puisé dans des documents découverts par miracle : vieux journaux, témoins retrouvés et, surtout, des caisses de lettres d’avant-guerre, gardées par sa mère et venues de Makow, la ville polonaise d’où venait son père.

Alain Berenboom, l’avocat, l’écrivain souriant, découvrait un père, indécrottable "Monsieur Optimiste", malgré une histoire si dramatique. Comme tant d’immigrés juifs ayant survécu par miracle à l’Holocauste, la famille Berenboom a choisi d’occulter cette histoire, d’épargner au fils l’indicible et de devenir plus belges que les Belges.

Non sans peine, Alain Berenboom a pu faire traduire les lettres écrites dans le yiddish du shtetl familial. Apparaissent alors, surgis du cauchemar de l’histoire, Aba, le grand-père toujours fourré à la synagogue ; Frania, la grand-mère s’occupant de la mercerie qui, seule, échappera au massacre et ira en Israël ; Sara, la sœur si belle et douce, qui était venue en Belgique rejoindre son frère Chaïm et sa sœur Esther mais fut rappelée à Varsovie par un père autoritaire, au moment où arrivaient les premiers chars nazis. A travers ces lettres, on pleure de tant d’aveuglement devant la mort qui avance. Après un tel drame, le père est devenu un mécréant qui ne cessait de lire la Bible à son fils. Et celui-ci, à son tour reste fasciné par la Bible et par l’histoire du peuple juif tout en interpellant ce Messie qui n’a rien fait pour sauver son peuple. On découvre aussi comment les Berenboom ont fait souche à Bruxelles, autour de la pharmacie et des potions magiques du père. Alain Berenboom, par pudeur, mêle à ce récit si beau et émouvant des touches d’autodérision bienvenues.

Alain Berenboom, "Monsieur Optimiste", Genèse Edition, 242 pp., 22,50 €