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Les certitudes sont des parapluies qui ne s’ouvrent que les jours où il fait beau et [ ] alors ils nous gâchent la lumière du soleil." Peut-être est-ce le passage le plus délicieusement poétique d’"Histoire d’Alice, qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un)", le dernier roman en date de Francis Dannemark. Amateur de titres fleuves sans que pour autant ce soit chez lui une règle, l’écrivain belge (Macquenoise, 1955) retrace ici le destin hors normes d’Alice - qui doit avoir quelque accent de réalité si l’on en croit la dédicace - à travers le récit qu’elle va en offrir à Paul. C’est en enterrant sa mère que ce dernier rencontre pour la première fois Alice, la sœur de Mady, sa tante donc. "Alice avait trop souffert et [ ] elle avait eu la chance d’aller vivre très loin", lui répondait-on autrefois quand il s’inquiétait de son absence dans leur vie de famille. Affable, généreuse, désormais Anglaise, Alice va peu à peu se confier à Paul, telle Shéhérazade, plusieurs soirées durant, autour de savoureux repas. Raconter pour continuer à vivre. Raconter pour redonner vie aux disparus. De 1944 à 2001, de la guerre à notre époque, elle retrace ses nombreux voyages, les rencontres et mariages qui en ont résulté, les pages sombres et les arcs-en-ciel. Si la vie amoureuse d’Alice peut sembler manquer de crédibilité - neufs maris, la plupart emportés par accident -, l’on est séduit par la plume fluide, tout en empathie et tendresse, de Francis Dannemark, dont Paul est le double modeste, lui qui n’a écrit qu’un roman à l’audience confidentielle. Comment être heureux quand le destin s’acharne ?, interroge Francis Dannemark. Jusqu’au secret final révélé à Paul, l’auteur de "Mémoire d’un ange maladroit" et "Le grand jardin" (prix Bernheim) aura offert à son lecteur une singulière promenade au pays de l’optimisme. Où accueillir l’amour se révèle moteur de vie.

Histoire d’Alice qui ne pensait jamais à rien (et de tous ses maris, plus un) Francis Dannemark Robert Laffont 185 pp., env. 14 €