Après avoir été récompensée, mercredi 13 novembre, par le prix Interallié - composé d’un jury exclusivement masculin -, Karine Tuil vient de recevoir le Goncourt des lycéens pour Les Choses humaines (Gallimard). Pour son onzième titre, la romancière française, 47 ans, s’est inspirée de l’affaire dite "de Stanford". Celle qui vit un étudiant de l’université américaine accusé et condamné, en 2016, pour viol d’une jeune fille. Elle a transposé l'histoire dans la bourgeoisie intellectuelle parisienne de gauche.

Karine Tuil l’a emporté au premier tour avec 7 voix, contre 5 à Louis-Philippe Dalembert pour Mur Méditerranée (Sabine Wespieser). Environ 2 000 lycéens, appartenant à une cinquantaine d’établissements scolaires français, ont été embarqués dès la rentrée de septembre dans l’aventure par leurs professeurs. Des jeunes issus d’horizons très divers: du lycée agricole de Rodilhan (Gard) à de prestigieux lycées parisiens, de filières générales comme professionnelles, de classes de seconde à des BTS, de l’enseignement public comme privé.

Tous ont planché pendant deux mois sur la première sélection de l’Académie Goncourt, rendue publique début septembre, soit quatorze romans.

"J’ai commencé à travailler sur ce sujet en 2016, bien avant #MeToo et l’affaire Weinstein parce que c’est un sujet qui fait appel à des ressorts intimes, on n’écrit pas par hasard sur les agressions sexuelles", confiait la romancière rencontrée récemment par un journaliste de l’AFP.

Formation de juriste

"J’ai une fascination pour les grands enjeux de société. Ça vient de ma formation de juriste. Les grandes questions politiques, morales, éthiques qui sont soulevées dans notre société m’influencent", ajoutait-elle.

Durant les 150 premières pages des Choses humaines, l’autrice portraiture chacun des protagonistes - côté pile et côté face. On n’entre pas directement dans le vif du sujet. Il y a Jean Farel, 70 ans, journaliste politique, vedette de la télévision française qui "à chaque élection, déploie toute son énergie pour plaire au gouvernement en place". Est ensuite esquissé le portrait de sa femme Claire, de 30 ans sa cadette, essayiste féministe. Surgit dans la foulée Adam Witzman, professeur de français, celui pour qui Claire quitte Jean. Puis c’est au tour d’Alexandre, le fils que Jean et Claire ont eu ensemble, brillant polytechnicien.

Dans un ébouriffant désordre, Karine Tuil, brosse des portraits bien sentis d’un certain milieu parisien qui vacille lorsqu’Alexandre "introverti, mâle dominant, doutant d’avoir violé", est accusé d’avoir agressé sexuellement Mila, la fille du nouveau compagnon de sa mère. Et l’autrice n’hésite pas à brasser large. Trop sans doute. Ce n’est qu’à la moitié du livre que commence véritablement le procès, relaté de façon très précise - détaillant les faits et gestes des deux protagonistes. Une œuvre particulièrement bien documentée où l’on a l’impression d’assister au procès comme membre du jury d’assises - l’autrice ayant assisté à pas mal de procès.

Sorti en août, Les Choses humaines s’est déjà écoulé à 34 000 exemplaires selon des données de GfK citées par le magazine professionnel Livres Hebdo.

En ce qui concerne l'Interlallié, Karine Tuil était en lice face à Bruno de Cessole (L’Île du dernier homme, Albin Michel) et Olivier Frébourg (Où vont les fils ?, Mercure de France).