Derrière cette passion des baffes, des sangliers et des voyages, Astérix nous invite aussi à un festival artistique

Qui dit Astérix et, surtout, Obélix, pense immédiatement à des banquets gargantuesques, des bagarres homériques et une amitié sans faille.

Mais, derrière cette apparente absence de sens artistique, se cachent parfois de véritables trésors. En effet, pour nos Gaulois quand on parle de l'art, ce n'est pas uniquement pour évoquer avec une faute d'orthographe la couenne du sanglier, ni le lare, ce Dieu romain protecteur du foyer domestique.

Non, l'art, le vrai, celui qui fait courir les foules dans les musées, celui qui passionne le monde, qui fascine.

Albert Uderzo va parsemer les albums des aventures d'Astérix de références artistiques. Derrière ces clins d'oeil multiples, on retrouve pourtant surtout René Goscinny, grand amateur de peintures et d'art de manière général.

C'est lui qui sera le réel moteur de ces visites très personnelles de quelques grandes pièces de notre héritage culturel.

Albert Uderzo n'a d'ailleurs jamais caché qu'il s'adaptait, sur ce point, aux volontés de son ami René Goscinny.

Mais pas question de se cantonner dans un rôle de suiveur. Uderzo a vite pris goût à ces immersions dans cet univers qui lui permettait, non seulement de se faire plaisir, mais aussi de démontrer que la bande dessinée n'est pas qu'un art mineur.

Les deux hommes ont donc multiplié les allusions et les défis graphiques.

La plus grande et la plus originale de ces réinterprétations est sans nul doute celle qui orne l'avant-dernière planche des aventures d'Astérix chez les Belges. Ici, une gigantesque vignette, présentée dans un format à l'italienne, permet de découvrir l'interprétation gauloise du Repas de noces de Bruegel l'Ancien. Une planche tout simplement fascinante qui met évidemment en scène Astérix et Obélix, mais aussi tous leurs amis gaulois avec une palette de couleurs et des chaleurs dignes de l'original.

Mais, à côté de cette pièce, on peut aussi découvrir nombre d'allusion à quelques-unes des plus belles pièces de nos musées. Du Penseur de Rodin au Discobole de Myron dans Les lauriers de César, à une interprétation très libre de la statue de Diane chasseresse dans Astérix chez les Bretons, en passant le célèbrissime Radeau de la méduse de Géricault (Astérix légionnaire), une toile inévitable pour la bande à Barbe rouge le pirate, ou encore, bien plus subtile, La leçon d'anatomie de Rembrandt que l'on peut retrouver dans Le devin, cet être malicieux qui prétend pouvoir lire l'avenir dans les entrailles des produits comestibles à condition qu'ils soient frais.

Bien sûr, ce devin va vouloir disséquer une des belles pièces d'Ordralfabétix, ce qui va déclencher une bagarre de plus dans le village gaulois qui ne craint qu'une seule, que le ciel lui tombe sur la tête.

Quelques moments de beauté dans un mode de brutes, quel cocktail savoureux.