Fin des années 50, René Uderzo et Albert Goscinny sont déjà associés. Avec Jean-Michel Charlier, le scénariste de Barbe rouge, de Tanguy et Laverdure mais aussi, entre autres, de Blueberry, et Jean Hébrard. Nom de leur boîte: Edifrance-Edipresse. Raison sociale de leur société: réaliser de l'édition et de la publicité. Objectif affiché: demeurer les plus indépendants possibles.

Bref, un projet ambitieux pour ces quatre jeunes hommes bourrés de talent. Mais, derrière la façade, c'est un peu le désert. Les clients se font quelque peu prier Jusqu'au jour où Jean Hébrard rentre dans les locaux de la petite société avec une éventuelle commande sous le bras. Un de ses amis désire créer un journal de bandes dessinées destiné aux jeunes français.

C'est qu'à l'époque, l'hexagone est littéralement envahi de publications américaines. Côté français, si certains personnages existaient bel et bien pour les tout jeunes, il n'y avait rien pour les jeunes ados.

Chez Edifrance-Edipresse, c'est la folie. Mais très vite, les quatre hommes se rendent compte qu'ils ne savent pas par quel bout prendre ce défi. Comment faire ce magazine et qu'y mettre?

La première idée sera de mettre en images le Roman de Renart. Uderzo y voit le meilleur pied de nez possible aux aventures de Walt Disney. Une réponse française et historique à ce courant venu des Etats-Unis qui pense avoir inventé le concept des personnages humains représentés sous des traits animaliers.

Toute la petite équipe démarre au quart de tour. Goscinny écrit une première page du scénario. Uderzo la met en images. Cette fois, pas de doute, le nouveau magazine est lancé. Mais un véritable Waterloo attend nos lascars. En effet, ils apprennent alors qu'un certain Jean Trubert a déjà lancé sa version du Roman de Renart en bande dessinée.

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La catastrophe! Le premier numéro du futur magazine doit sortir de presse dans les deux mois. Goscinny et Uderzo se retrouvent en tête à tête et décident d'égrener les grandes étapes de l'histoire de France. Les Cro-Magnons? Non! Les Gaulois? Pourquoi pas?

Ce ne sont pas directement les Gaulois qui semblent entrer en ligne de compte dans le choix opéré par René Goscinny, selon ce qu'expliquait régulièrement Albert Uderzo.

Tout part d'un constat très simple. Ce que nous connaissons de cette époque et des conquêtes de Jules César, nous le tirons essentiellement du livre La guerre des Gaules attribué à César lui-même. Evidemment, l'auteur ne s'est pas privé d'aménager quelque peu la réalité des faits pour s'ouvrir la porte de la gloire.

Ce constat posé, tout devenait possible. Si César s'est offert le luxe d'arranger son histoire, pourquoi deux Gaulois, vingt siècles plus tard, ne pourraient-ils pas, à leur tour, interpréter la vraie histoire?

Pourquoi doit-on accepter que César soit parvenu à conquérir la Gaule entière? Un petit village aurait très bien pu lui échapper

L'histoire débute, Astérix apparaît. La boutade de deux potaches va déboucher sur l'un des plus grands succès de l'histoire de la littérature du XXe siècle.