Neuvième femme admise à l’Académie française, elle ne supporte pas le "global english" qui "formate la pensée".

Neuvième femme seulement admise à l’Académie française - depuis Marguerite Yourcenar, en 1980 -, la philosophe et philologue Barbara Cassin, passionnée par la richesse des langues, va faire entrer ce jeudi sous la Coupole l’esprit de résistance contre le formatage de la globalisation. L’auteure de L’Éloge de la traduction ne supporte pas le global english, cet anglais simplifié qui, selon la philosophe, "formate la pensée". "Cela réduit les langues de culture, français et autres, à des dialectes à parler chez soi, déplore Barbara Cassin. La diversité européenne, c’est avant tout la diversité de ses langues et de ses cultures." La philosophe entend défendre le français sans se résoudre au monolinguisme. "La magnifique diversité des langues, poursuit-elle sert d’antidote au pseudo-universel de la communication."

Née le 24 octobre 1947 à Boulogne-Billancourt, Barbara Cassin a suivi des études de philosophie à la Sorbonne. Elle entre au CNRS (Centre national de la recherche scientifique) en 1984. Elle en a reçu la médaille d’or (la plus haute distinction scientifique française) en septembre 2018 pour l’ensemble de son "œuvre traversée par la question du pouvoir des mots et du langage". Helléniste, elle est aussi éditrice et directrice de collections consacrées à la philosophie. Son élection à l’Académie française remonte au 3 mai 2018. Elle est l’auteure, entre autres, d’Éloge de la traduction. Compliquer l’universel (Fayard, 2016) et a dirigé le Vocabulaire européen des philosophies (Seuil-Le Robert, 2004), plus connu par son sous-titre, le Dictionnaire des intraduisibles. Ce monument examine plus de 1 500 mots du langage philosophique confrontés à la difficulté de leur traduction dans une quinzaine d’autres langues. "Quand on traduit, le sens n’est plus tout à fait le même ni tout à fait autre, y explique-t-elle, il y a toujours plus d’une bonne traduction possible. D’ailleurs, même le mot traduire est polysémique !" "Traduire, c’est faire avec les différences", résume-t-elle.

Ses recherches l’ont menée de Homère à Heidegger en passant par Leibniz et la psychanalyse. Elle travaille actuellement à un monumental dictionnaire sur les trois monothéismes.