Créés par Edgar Pierre Jacobs (avec le concours de Jacques Van Melkebeke) dans les pages de “Tintin” dès son premier numéro, le 26 septembre 1946, Blake et Mortimer (ainsi qu’Olrik) en deviendraient aussitôt des personnages vedettes. Avec “Le Secret de l’Espadon”, qui alors tiendra ses lecteurs en haleine pendant deux ans, Edgar P. Jacobs offrait à la bande dessinée le premier pan d’une série devenue culte, dont le succès demeure phénoménal. La preuve ? Le tirage du “Bâton de Plutarque”, qui paraît ce vendredi, s’élève à 500 000 exemplaires en français et 40 000 en néerlandais.

Talentueux successeurs

Si Edgar P. Jacobs nous a quittés en 1987, ses héros ont trouvé d’excellents successeurs, tant scénaristes que dessinateurs : des auteurs comme Jean Van Hamme, Yves Sente ou Jean Dufaux, et comme metteurs en pages, Bob De Moor, Ted Benoit, André Juillard, René Sterne, Chantal De Spiegeleer ou Antoine Aubin. Que de talents !

Avec “Le Bâton de Plutarque”, astucieusement scénarisé par Yves Sente et superbement dessiné par l’infatigable André Juillard (Etienne Schréder assurant l’encrage des décors et Madeleine Demille la mise en couleurs), nous découvrons les événements qui précédèrent la première aventure de Blake et Mortimer. Après lecture dudit “Bâton”, il nous paraît indispensable de (re) plonger dans “Le Secret de l’Espadon” qui, vendredi, se voit d’ailleurs réédité en un volume (176p., env. 19,99 €). Du “Bâton de Plutarque”, l’action commence durant le printemps 1944, à l’approche donc du Jour J, quand l’on découvre le capitaine Francis Blake, Squadron Leader qui, aux commandes du Golden Rocket, tente d’abattre en vol un Horten 229, type nouveau d’appareil à réaction dont le pilote allemand doit aller s’écraser sur le Parlement à Londres, afin de “déstabiliser le gouvernement britannique”… Mission réussie pour Blake qui, aussitôt après, se voit invité dans le souterrain “Cabinet of War” d’où le Premier ministre Winston Churchill dirigeait les opérations. Puis le Capitaine prend le chemin de la base secrète de Scaw-Fell où il retrouve un ami physicien, rencontré autrefois en Inde : le professeur Philip Mortimer. Qui travaille, à ce moment, à l’élaboration des plans du futur “Espadon”.

Tout détail compte

D’un “Blake et Mortimer”, nous nous interdisons par principe de dévoiler l’intrigue : observons simplement qu’Yves Sente nous offre ici l’album le plus référentiel dont l’on puisse rêver. On y découvre notamment comment nos deux amis firent la connaissance d’Olrik (qui apparut, en tant que conseiller du sanguinaire Basam-Damdu, dès la première planche du “Secret de l’Espadon”); pourquoi ils se retrouvèrent à Gibraltar au risque d’y perdre la vie; et qui est Mrs Benson, leur logeuse de l’immeuble qu’ils habiteront (notamment dans “La Marque Jaune”) à Park Lane.. Un régal de clins d’œil ! A chaque page, tout comme lorsqu’on plonge dans un roman d’Agatha Christie, il ne faut négliger aucun détail : chacun d’eux tiendra son rôle dans le puzzle. C’est donc dire si l’attention est requise à la lecture de ce “Bâton”, cinquième collaboration entre André Juillard et Yves Sente dans la série, puisqu’à ce talentueux duo l’on devait déjà “La Machination Voronov”, les deux tomes des “Sarcophages du 6e continent”, “Le Sanctuaire de Gondwana” et “Le Serment des cinq Lords”. Signalons que, comme ce fut déjà le cas pour ce “Serment”, une édition à l’italienne (29,7 x 15,8 cm) du “Bâton de Plutarque” sort en librairie vendredi (192p., env. 19,99 €) : le plaisir est très vif de traverser ce captivant album strip par strip, dans l’esprit des prépublications dans les journaux quotidiens.

“Le Bâton de Plutarque”, Yves Sente et André Juillard, d’après les personnages d’Edgar P. Jacobs d. Blake et Mortimer, 64p. en couleurs, env. 15,95 €.

“Le Bâton de Plutarque” s’ouvre par une attaque suicide sur Londres. Mais Blake veille…