Auteure d’excellents ouvrages sur Gainsbourg, Françoise Sagan et Yves Saint Laurent, ainsi que de remarquables portraits publiés dans "Libération", Marie-Dominique Lelièvre, par ailleurs romancière, consacre un splendide essai, aussi chaleureux que lucide, à la plus illustre Française vivante : Brigitte Bardot, née à Paris le 28 septembre 1934. Elle dont, hier autant qu’aujourd’hui, rien qu’à prononcer le nom suscite la polémique et fait rugir plus d’un. Hier, pour sa liberté de comportement; naguère, pour des propos choquants, limite incendiaires, qui lui valurent des poursuites pour "provocation à la haine raciale".

Dans "Brigitte Bardot. Plein la vue", la biographe ne fait nul silence là-dessus, notant, p. 292, que "l’altruisme lui est étranger, tout comme la capacité d’imaginer qu’elle puisse blesser autrui", mais observant aussi, p. 305, que "Brigitte Bardot est capable de prononcer des paroles condamnables mais rien dans ses actes n’indique le racisme. Rien de rien, au contraire". Elle rappelle également que, dans le premier de ses deux volumes de Mémoires ("Initiales B.B.", paru en 1996 et qui se vendit à un million d’exemplaires), la madone des animaux écrivit des pages écœurantes sur la naissance de son fils Nicolas, en janvier 1960. C’est dire assez si l’attachant livre de Marie-Dominique Lelièvre, magistrale lectrice d’âmes, n’est en rien hagiographique. Néanmoins, l’enquêtrice - dont la plume a du panache - ne cache pas que, depuis son enfance, dans les années 60, et à l’instar de sa propre maman, elle aura été subjuguée par la prodigieuse photogénie de la Brigitte Bardot du temps de sa splendeur. Bardot, qui fut infiniment moins un phénomène cinématographique (sinon question folle célébrité) qu’un phénomène sociologique : pas une révolutionnaire, une révolution. Femme libre, indomptable, don Juane aux quatre maris et aux nombreux amants (de Trintignant à Sami Frey, de Sacha Distel à Gilbert Bécaud et Serge Gainsbourg), elle exerça une influence incalculable sur les femmes des années 50/60. Et ce qui fit de B.B. une star sans comparaison avec les étoiles hollywoodiennes ou les déesses de Cinecitta, c’est son naturel. D’un jamais vu jusqu’alors. Courageuse, aussi : en 1961, en pleine guerre d’Algérie, quand l’Organisation de l’armée secrète (OAS) tenta de lui faire cracher de l’argent, elle refusa, au risque même de sa vie, "n’ayant pas envie", dira-t-elle alors, "de vivre dans un pays nazi". Un livre pénétrant, écrit par une femme qui n’oublie pas combien la rayonnante beauté de Bardot ensoleilla le monde.

Brigitte Bardot. Plein la vue Marie-Dominique Lelièvre Flammarion 346 pages, env. 20 €