Il était un des plus importants romanciers du siècle. Ami de Garcia Marquez et de Cortazar mais aussi de Morand et de Bunuel, ce Mexicain, vivant à Londres, était aussi un intellectuel engagé, chantre du métissage, un séducteur impénitent. Il aurait succombé à des problèmes cardiaques. Né au Panama en 1928 de parents diplomates, il avait passé son enfance entre les Amériques et l’Europe. En 1950, après un diplôme en droit à Mexico et une formation aux relations internationales à Genève, il embrassa la carrière diplomatique avant de s’orienter vers la littérature et le journalisme. Intellectuel de gauche, il a acquis une notoriété internationale dès l’âge de 30 ans avec son premier roman, "La plus limpide région" (1958). Sa carrière diplomatique l’a conduit à se partager entre Mexico, Paris et Londres, où il vivait une partie de l’année. En France, où il fut ambassadeur de 1975 à 1977.

Nous l’avions rencontré plusieurs fois il y a une dizaine d’années, la moustache à la mexicaine, le port altier, le sourire séducteur. Jusqu’à sa mort, il n’a cessé d’écrire et de sillonner le monde. Il s’esclaffait : "Je continuerai à écrire jusqu’à ma mort. Je mourrai comme cela, à ma table d’écrivain. Il n’y a qu’une seule manière de devenir vieux, ce serait de ne plus avoir de projets. Moi, j’en ai encore pour vingt ans au moins." De ses nombreux livre, on retiendra d’abord les merveilleuses "Les années avec Laura Diaz" (2000) ou les si sensibles confessions de "Ce que je crois" (2002). Prolixe, passionnant, Fuentes truffait ses propos d’une érudition sans bornes un peu comme Umberto Eco. Une conversation avec lui était toujours un moment brillant, raffiné, virevoltant de connaissances. Ses livres parlent de la mémoire, de ce passé qui nourrit notre vie. L’œuvre de Fuentes explore ce va-et-vient de l’Histoire entre passé et présent, ce passé qui reste lisible à travers les lignes du présent. "L’écrivain a le privilège, dans le roman de pouvoir faire se rejoindre le destin individuel et celui des peuples."

Homme de gauche, Fuentes ne fut jamais castriste. Avec Fuentes, on passe sans cesse, du particulier au politique, du passé au présent. "Le passé en réalité, n’existe pas. Il reste la mémoire. L’avenir non plus n’existe pas, il n’y a que le désir. La mémoire est la forme du passé dans le présent, et le désir, la forme de l’avenir dans le présent qui seul compte." Carlos Fuentes, arpenteur du monde, était un farouche partisan du métissage culturel et de la rencontre avec les autres cultures. "Nous ne pourrons vivre en paix avec les autres que si nous comprenons leur pensée, leurs langues, leurs vies. S’enfermer dans une seule culture, c’est tomber dans un solipsisme impérial. Une des grandes missions de l’Europe est d’ouvrir à la multiculturalité." Carlos Fuentes était aussi un homme de la passion amoureuse, un homme à femmes et à multiples paternités. "Dans tous mes romans, le fil conducteur est l’amour. On ne peut pas expliquer l’amour par la philosophie ou la science, seuls le roman et la poésie sont capables d’en parler. A part l’expression même de la vie, la littérature est d’ailleurs le seul lieu qui parle de la vie."