Dix-huitiémiste renommée pour ses travaux sur Sade, Casanova et Marie-Antoinette, Chantal Thomas (Lyon, 1945) vient d’être élue à l’Académie française, au fauteuil numéro 12, autrefois occupé par Jean d’Ormesson. Elle devient ainsi la dixième femme à intégrer l’institution.

Romancière historique à succès des Adieux à la reine, du Testament d’Olympe et de L’Échange des princesses, Chantal Thomas est l’autrice de nouvelles, de récits, de pièces de théâtre et d’essais. Ouvrage traduit en une vingtaine de langues, Les Adieux à la reine, pour lequel elle a obtenu le prix Femina 2002, a été adapté au cinéma par Benoît Jacquot.

Admiratrice du sémiologue Roland Barthes, qui avait dirigé sa thèse de doctorat consacrée au marquis de Sade, et du romancier et dramaturge autrichien Thomas Bernhard, Chantal Thomas a enseigné dans plusieurs universités américaines et est directrice de recherche au CNRS. Pour l’ensemble de son œuvre, elle a obtenu en 2014 le grand prix de la Société des gens de lettres et, en 2016, le prix Prince Pierre de Monaco au palmarès éblouissant. Elle est aussi officier de l’Ordre des Arts et des Lettres et officier de l’Ordre national du Mérite.

"Je suis heureuse que l’on m’accueille à cette place, celle de Jean d’Ormesson. Quand je me suis présentée pour sa succession (2020), cela avait beaucoup de sens pour moi. J’ai l’impression d’une affinité avec son style, qui rappelle celui du XVIIIe, et avec sa recherche d’un bonheur quotidien", a-t-elle déclaré à l’AFP. Interrogée sur ses convictions quant à la féminisation des noms, à laquelle l’Académie a été longtemps réticente, elle a répondu : "Je pense qu’il faut aller dans ce sens. J’ai été l’élève de Barthes, et cette idée profonde qui était au cœur de la psychanalyse dans les années 70, et qui est toujours vraie, que nous sommes notre langage, que nous sommes ce que nous pouvons dire, est à prendre très au sérieux."

Chantal Thomas vient de sortir un nouvel opus, Du sable et de neige (Gallimard), dont Arts Libre rendra compte prochainement.

Seuls 24 académiciens ont pu participer au scrutin, dont 8 qui ont voté blanc. Mme Thomas a été élue au premier tour, avec 12 voix contre 3 au lexicologue Jean Pruvost, et au chanteur-compositeur Philippe Chatel.