Charb prend Sarko au mot

OleB Publié le - Mis à jour le

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Battant n. m. : Désigne une personne qui fait du footing. Humilier v. tr. : Proposer à des personnes qu'on a battues à une élection de devenir ministre ou secrétaire d'État de son gouvernement. Marginal, ale, aux adj. et n. : Qui s'oppose à la loi naturelle du marché.

Figure de proue de "Charlie-Hebdo", également pensionnaire des colonnes de "Télérama", "L'Humanité" et "Fluide Glacial", le dessinateur satirique Charb (Stéphane Charbonnier de son vrai nom) s'est fendu d'un dictionnaire Sarko, avec l'ambition de décrypter ce qu'Alain Rey, dans la préface, qualifie de "novlangue". De parti pris, mais férocement drôle.

Comment vous est venue l'idée d'écrire un tel dictionnaire ?

L'élection de Nicolas Sarkozy était présentée comme une rupture. J'ai tenté d'imaginer que cette rupture politique allait contaminer toute la société, donc le langage. Il y a déjà des mots, comme libéralisme, qui ne sont plus compris que dans leur dimension économique, ou des personnalités de gauche comme Blum et Jaurès qui ont été récupérées par la droite. J'ai cherché à faire le prolongement de ça, d'en faire quelque chose de systématique. Mais ce que j'ai fait, j'aurais aussi pu l'appliquer à la mode, avec les lunettes noires et les grosses montres.

L'un des reproches faits à Nicolas Sarkozy par ses détracteurs est son omniprésence médiatique. Bien que très critique à l'égard du sarkozisme, ne participez-vous pas à cette mise en scène permanente ?

On ne prend pas l'initiative de le mettre en scène, mais on commente cette mise en scène permanente dans la presse. Si on avait le pouvoir de ne pas parler de lui, on le ferait, mais il occupe tout l'espace.

Pensez-vous que sa manière d'occuper le pouvoir aura une influence sur l'attitude des prochains candidats à l'investiture présidentielle ?

Non. J'ai l'impression que Sarkozy ne ressemble qu'à Sarkozy. Personne ne s'est calqué sur son mode de fonctionnement.

Finalement, pour les dessinateurs satiriques, Sarkozy, c'est du pain bénit.

La difficulté avec lui, c'est qu'il faudrait deux quotidiens pour traiter toutes les conneries qu'il sort à la minute. "Charlie" est un hebdomadaire, c'est un peu juste. Pour faire du dessin de presse, aujourd'hui, il suffit de savoir dessiner Sarkozy, même plus besoin de savoir croquer les grandes figures de la gauche. Cela dit, depuis son élection, les ventes de "Charlie" ont augmenté de 30 pc, parce qu'hormis "Marianne" et "Le Canard enchaîné", il n'y avait plus personne sur le créneau de la contestation radicale de l'action présidentielle.

A travers certaines définitions transparaît une sévère critique de la presse française que vous accusez d'être au garde-à-vous devant le Président.

Oui, bien sûr. Cependant, si Sarkozy continue à baisser dans les sondages, il va falloir s'attendre à ce que toute la presse qui s'était mise aux ordres commence à taper sur le Président de manière plus virulente. Ils ne sont pas à un retournage de veste près. Le problème n'est pas tant que la presse l'a encensé, c'est qu'elle s'est tue, même des hebdos de gauche comme "Le Nouvel Obs", notamment sur sa politique migratoire. Alors qu'elle a fait les gros titres sur son divorce avec Cécilia puis son remariage avec Carla Bruni.

"Dico Sarko", de Charb, éditions 12 bis, 72 pp., environ 10 €

OleB

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