Livres & BD Entretien avec la mystérieuse Clara Magnani à l'occasion de la sortie de son premier roman, "Joie".

On ne sait pratiquement rien de l’auteure de “Joie”, si ce n’est qu’elle vit à Bruxelles et signe un premier roman court mais émouvant, à l’écriture sobre et délicate. Clara Magnani, son nom de plume, est aussi celui de l’un de ses personnages. L’écrivain se plaît visiblement à brouiller les pistes. Est-elle même une femme ? Peu importe.

“Joie” explore les possibilités et limites de “ce que les Anglais appellent mature love : un amour libre entre deux personnes qui, lorsqu’ils se rencontrent, ont déjà derrière eux mariages et enfants, illusions et cicatrices, poids et enseignement des années. A travers l’histoire de Clara et Giangiacomo, dit Gigi, le roman s’interroge, avec ce qu’il faut d’ingénuité, sur les hommes et “les femmes, la fidélité, l’amour conjugal, les amours conjuguées”. Elle est belge, la quarantaine, journaliste culturelle à la radio. Lui est italien, cinéaste, de vingt ans son aîné. Tous deux sont mariés et souhaitent le rester.

C’est Elvira, la fille de Gigi, qui perce leur secret en découvrant, à la mort de son père, le manuscrit de ce qui aurait dû être un livre commun. Mais celui-ci est incomplet : il manque la moitié de Clara. En tentant de remplir les blancs, Elvira mettra au jour les traces de cette passion qui, pour durer, a su rester cachée, cherchant la troisième voie entre la monogamie traditionnelle et l’hédonisme décérébré.

Le récit se love dans l’intimité des amants, dans leurs joies charnelles et intellectuelles, dans leurs combats, leurs divergences et leurs doutes au sujet d’un monde dont ils ne peuvent tout à fait se couper et dans lequel ils sont “embarqués”, aurait dit Camus. Le journal de leurs rendez-vous à Rome, à Bruxelles ou en Sardaigne questionne aussi une Europe désenchantée laissant à ses enfants hébétés une société où “[coexistent] la barbarie et la civilisation”.

Pouvez-vous nous expliquer cette notion de “mature love” ?
Prenez deux personnes d’un certain âge, comme on dit, toutes deux mariées avec des enfants et même peut-être des petits-enfants. Elles se rencontrent et, à leur grande surprise, sont submergées par la passion. Une passion tardive, c’est-à-dire un amour intense mais calme, et qui, bientôt, se double d’une amitié profonde. Ce n’est pas si rare, mais je ne crois pas que beaucoup d’auteurs aient vraiment abordé ce sujet. [...]