A travers celui de Benjamin Malaussène dans "Ils m’ont menti".

Daniel Pennac (Casablanca, 1er décembre 1944) a étonné autant qu’amusé un large public en 1992 en publiant "Comme un roman", essai qui se voulait "hymne et désacralisation" de la lecture. Parmi quelques "droits" du lecteur, il proposait celui de "sauter des pages"; celui aussi de lire "n’importe quoi". A l’époque, Pennac (qui obtiendra en 2007 le prix Renaudot pour son autobiographique "Chagrin d’école") était déjà célèbre grâce au cycle romanesque des Malaussène, qui a pour toile de fond le parisien quartier de Belleville. Une comédie sociale dont la distribution compte des personnages qu’on dirait jaillis d’un dessin de Dubout. 

De cette saga, le premier titre, "Au bonheur des ogres" (clin d’œil évident à Zola), parut en 1985 dans la gallimardienne "Série Noire". Le suivront cinq volumes, de "La Fée Carabine" (1987) à "Aux fruits de la passion" (1999) : romans grinçants dans lesquels gigotent les sept enfants (de sept pères différents) de la non-prénommée Mme Malaussène. 

L’antihéros n°1 en est Benjamin, ex-employé du grand magasin qui fournit le titre du premier volet, avant d’entrer aux éditions du Talion de "la Reine" Zabo : un Benjamin qui morfle plus souvent qu’à son tour. En ce début 2017, Daniel Pennac ressuscite ses créatures en publiant "Ils m’ont menti", première étape du "Cas Malaussène". Si vous n’avez pas lu les précédents volumes, vous consulterez profitablement le répertoire (pp. 299-307) qui situe les protagonistes et des seconds rôles de l’univers malaussènien, aux couleurs vives. Ici, Benjamin surveille un écrivain, tandis que se déroule l’enlèvement d’un homme d’affaires. Une langue alerte, au service d’un feuilleton qui s’étire et ne tient guère en haleine. Ses lecteurs pourront même user du droit (précité) d’en "sauter des pages"


"Ils m’ont menti", Daniel Pennac,  Gallimard,  310 pp., env. 21 €